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Souvenirs d'enfance à St-Aimé (Massueville)
par
Dolorès Robillard BenoitIn English
St-Aimé est un tout petit village situé près de Sorel que l'on a essayé un jour de rebaptiser Massueville en l'honneur du Seigneur Massue qui possédait la plupart des terres de cette seigneurie mais les anciens ont toujours continué de nommer leur village St-Aimé. Aujourd,hui, si vous allez dans ce coin du Québec, vous verrez les affiches indiquant "St-Aimé de Massueville" . Dans les années 40, il n'y avait alors qu'une seule rue principale qui longeait la rivière Yamaska.. Cependant, face à l'église se trouvait un quadrilatère nommé Place Royale où nous retrouvions la maison des notables du village. Il y a encore de nos jours, tout autour de Place Royale, quelques belles résidences de cette époque.
Toute petite, j'adorais aller chez mes grands-parents. Ils habitaient une maisonnette à deux étages située à la limite du village et de la campagne de St-Aimé. Moi qui était une petite fille de la ville (Montréal) tout était pour moi un sujet d'émerveillement lorsque j'allais les visiter.
Je dois tout d'abord vous parler de leur maison. On entrait dans la maison par la porte arrière et là, on découvrait la cuisine avec son plancher de bois peint couleur orange, la pompe à eau au-dessus de l'évier avec la tasse de granit suspendue au mur; tout à gauche il y avait le gros poele de fonte noire sur lequel ma grand-mère faisait la cuisine ( je me rappelle des bonnes grosses crêpes et des galettes de sarrazin faites directement sur les ronds du poele). C,est aussi sur ce poele qu'elle faisait chauffer l'eau pour la lessive de la famille dans de grosses cuves. Cet immense poele était alimenté de grosses bûches de bois qu'il ne fallait pas laisser éteindre tout au long de la nuit car c'était la seule façon de chauffer la maison.
Tout à coté de la cuisine, se trouvait la chambre de mes grands-parents qui était un lieu sacré où on ne pouvait entrer sauf en hiver car dans un coin de cette immense chambre, mon grand-père avait aménagé un petit coin qui remplaçait la " bécosse " extérieure durant les jours froids de l'hiver. Il y avait aussi un escalier pour monter au second étage où étaient les chambres. Tout au haut de cet escalier, il y avait une trappe que l'on n'ouvrait seulement le soir pour aller se coucher et tout le jour, cette trappe restait fermée pour conserver à la chaleur au premier plancher.
Il y avait aussi le salon qui était " condamné " c'est à dire jamais ouvert sauf pour la visite du curé. La seule autre fois où j'ai vu ce salon ouvert, c'est lors du décès de ma grand-mère car on avait exposé son corps durant 3 jours à la maison comme cela se faisait à l'époque. Les gens du village et de la campagne se remplaçaient pour veiller le corps et mes tantes fournissaient les biscuits sodas et le fromage durant la veillée pour que quelques-uns puissent continuer la veillée du corps durant la nuit. Les uns récitaient le chapelet sans relâche tandis que les autres se racontaient les derniers potins des environs. Ce qui m'avait surtout marquée lors de funérailles à l'église, ce sont les grands draps noirs suspendus partout sur les vitraux de l'église et sur les statues pour indiquer que la mort était un événement triste pour les survivants et que rien dans l'église ne pouvait être un signe de réjouissance. Mon Dieu que l'église était triste et sombre.
Revenons maintenant à des sujets plus gais. Je me rappelle la joie de mon grand-père qui, dès qu'il me voyait arriver, allait chez le marchand général du village pour m'acheter un cornet de crème glacée. Le seul " Hic " c'est que le magasin général était assez loin de la maison et lorsque mon grand-père revenait, mon cornet avait presque complètement fondu mais il était si heureux de m'offrir son cornet….
Je revois encore ma grand-mère, toute menue, vêtue de son éternelle robe grise et de son long tablier, les cheveux attachés en toque qui allait cueillir de la ciboulette dans son jardin pour mettre dans sa chaudronnée de soupe pour la visite. A la fin du repas, après avoir lavé la vaisselle, elle allait jeter son eau sur les fleurs car pour elle c'était un excellent engrais. Elle allait ensuite jeter les restes du repas et les épluchures de légumes au petits cochons dans la porcherie située tout près de la maison. Ma grand-mère était fière de son jardin et rien ne pouvait lui faire autant plaisir que de nous y amener pour nous faire admirer toutes ses fleurs.
Tout au fond du jardin, Philias, mon grand-père avait installé un banc et tous ses moments de loisirs, il les passait assis sur ce banc à graver une pierre tombale qu'il s'était procurée lorsque le cimetière avait été déménagé à partir de l'église du village jusqu'au terrain situé à la limite de la terre de mon grand-père. Il avait effacé les noms précédents qui y étaient gravés et durant ses moments libres, il avait gravé son nom et celui de Marguerite (ma grand-mère) ainsi que l'année de leur naissance. ( on peut admirer ce monument sur le site de Normand Léveillée). Il disait que cela ne les ferait pas mourir avant le temps. " Mon grand-père, Philias était un homme assez spécial……
Je reviens maintenant au second étage de la maison de mes grands-parents. Ce second étage était ouvert seulement pour la visite depuis le départ de leurs enfants pour la ville comme ils disaient.. Je me rappelle encore aujourd'hui l'immense matelas de plumes où on pouvait s'enfoncer et rire de voir que la personne à coté de nous, nous devenait invisible car elle aussi était renfoncée profondément dans le matelas. Une toute petite fenêtre nous permettait d'admirer un énorme noyer où les oiseaux venaient se percher pour ensuite nous réveiller très tôt, le matin. Il ne faut pas passer sous silence, le pot de chambre placé sous le lit pour les imprévus…. Quel beau souvenir que ces nuits à rêver à tout et à rien dans ce grand lit chez mes grands-parents.
Parlons maintenant des soirées passées à la lueur des lampes à l'huile car chez mes grands-parents, il n'y avait pas encore d'électricité en 1940. Le soir, nous nous réunissions autour du petit radio à crystal où avec des écouteurs sur le oreilles nous écoutions, à tour de rôle, au milieu de grinchements de l'appareil, de la musique où encore des chansons de l'époque. Très rapidement, il fallait passer les écouteurs au suivant car les batteries de ce radio faiblissaient assez rapidement.
Il faut aussi ajouter à cela ce qui devenait un sport pour les commères du village les sonneries du téléphone. Un grand coup, deux petits coups et………. Oups, toutes les commères savaient à qui étaient adressés ces appels. Rien n'empêchait quelques-unes ou même plusieurs d'entre elles d'écouter les conversations; Il ne fallait surtout pas parler de choses trop intimes au téléphone car tout le village devenait au courant des petits secrets familiaux de toute la paroisse.
Il y avait aussi le " Gramophone " de la compagnie RCA Victor avec un immense porte-voix et la photo du chien qui écoutait " La voix de son maître ". Nous pouvions y mettre de la musique enregistrée sur des cylindres. Cela demandait une bonne force dans nos bras car il fallait tourner la manivelle tout le temps que la musique jouait, Cet appareil d'époque est conservé précieusement encore aujourd'hui chez un de mes cousins.
Lors d'une de mes visites à St-Aimé, j'ai malheureusement eu mal aux dents….. Il me fallut alors visiter le médecin qui a décidé d'extraire cette malheureuse dent. Il m'a fait asseoir sur une des chaises droite de sa cuisine et moi, petite fille de la ville, je me suis fait extraire une dent pour la 1ère fois et ce, dans des conditions plutôt hors de l'ordinaire.. Je me rappelle encore aujourd'hui cette visite chez le docteur Falardeau; je crois sincèrement que c'est depuis ce jour que je crains les visites chez le dentiste.
Mon grand-père, qui était un autodidacte et un homme aux mille métiers, avait conçu et fabriqué l'aqueduc de St-Aimé qui alimentait d'eau tout le village. Il devait plusieurs fois par jour escalader l'échelle jusqu'au haut de cette tour pour faire une vérification quotidienne. Pour moi, mon grand-père était un véritable héros car tout le monde le connaissait à St-Aimé et dans les environs. J'étais tellement fière de dire que Philias Rivard était mon grand-père. À des milles à la ronde, on situait la maison de mes grands-parents à cause de l'aqueduc que Philias avait construit et qui était situé tout près de sa maison.
La veille du Jour de l'An, nous mettions nos bas près du gros poele de fonte noire et Philias nous prêtaient alors ses chaussons pour que St-Nicolas puisse y mettre plus de choses car nos bas étaient trop petits selon mon grand-père. Le matin de ce grand jour, nous vidions nos bas pour y retrouver une pomme, une orange, un morceau de charbon et un sucre d'orge qui avait probablement été confectionné par ma grand-mère. Pour agrémenter la journée, nous jouions à des jeux de société. Je me rappelle entre autre de colin maillard et de la " guénille brûlée ". Ma grand-mère qui était bien taquine avait caché la guenille à l'intérieur de son corsage et nous n'aurions jamais osé aller chercher la fameuse guenille là où elle était placée. Je me souviens que nous tournions autour de ma grand-mère pendant qu'elle criait, en riant: "Tu brûles, tu brûles…. " mais on n'osait pas aller chercher la fameuse guenille là où elle était et je vois encore Marguerite qui riait en nous laissant tourner autour d'elle.
Il ne faut pas que j'oublie de vous parler de la fameuse clé de la maison de mes grands-parents. Cette grosse clé était suspendue à l'extérieur de la maison, en haut de la porte, bien à la vue. La porte était rarement barrée mais mon grand-père tenait à voir la clé, là, bien à la vue, pourquoi????? Nul ne l'a jamais su.
À la mort de Marguerite, mon grand-père a continué de vivre dans sa grande maison mais l'hiver, il venait habiter chez nous à Montréal. Il passait ses grandes journées à se promener dans le quartier et s'il avait la chance de voir des ouvriers , il passait de longues heures à les observer, oubliant parfois l'heure des repas. Dès les premiers jours du printemps, il retournait dans sa maison de St-Aimé. Là, il était pleinement heureux.
J'avais 17 ans, lorsqu'il est décédé et ce jour fut pour moi un jour très triste car à partir de moment, je n'avais plus de raison d'aller passer des vacances à St-Aimé. Une grande partie de mon enfance disparaissait avec lui.
Je peux au moins dire que je conserve de mes grands-parents maternels des souvenirs inoubliables. J'aurais tellement aimé avoir des souvenirs semblables de mes grands-parents paternels que je n'ai malheureusement jamais connus; aucune photo d'eux, rien du tout car ils étaient morts tous les deux lorsque mon père était encore jeune. Cela me manque mais quels beaux souvenirs, je conserve de Philias et de Marguerite.
PS; Vous excuserez le style " un peu décousu " de cet article mais j'ai tellement de beaux et bons souvenirs de St-Aimé que je n'ai pas tenu compte de la hiérarchie des évènements racontés.
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Created 1 Feb 2003