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LE FIEF DE GROSBOIS &
LE FIEF DE GRANDPRÉ
par Jacques Dunant



English version

PIERRE BOUCHER, PREMIER SIEUR DE GROSBOIS ET SON FILS
LAMBERT BOUCHER, PREMIER SIEUR DE GRANDPRÉ
PREMIERS PROPRIÉTAIRES DES FIEFS DE GROSBOIS ET DE GRANDPRÉ

LE FIEF DE GROSBOIS & LE FIEF DE GRANDPRÉ

Il faut prendre garde de ne pas confondre l'île Grosbois, située dans les Îles Percées à Boucherville, avec le fief ou la seigneurie de Grosbois, située sur la rive Nord du lac Saint-Pierre de chaque côté de l'embouchure de la rivière Yamachiche, en amont de Trois-Rivières. Le lac Saint-Pierre est une étendue d'eau, un élargissement du fleuve Saint-Laurent, entre Sorel et Trois-Rivières. Voir la carte No. 1 illustrant les premiers fiefs concédés sur cette partie de territoire.

Le fief de Grosbois

Le fief de Grosbois a été concédé à Pierre Boucher, père, en 1653 et 1655 par Jean de Lauson, gouverneur et la Compagnie des Cent-Associés. (1) Ce geste de Jean de Lauson était une façon de remercier Pierre Boucher (1) d'avoir réussi à conserver aux Français, le poste des Trois-Rivières pendant une attaque des Iroquois. À l'époque de cette première concession, il faut comprendre que le rivage du fleuve présentait l'image d'une immense forêt vierge et l'arpentage des premiers fiefs fut assez peu précis. L'embouchure d'une rivière pouvait présenter un point précis et c'est ce point qui a permis de relocaliser le fief de Grosbois en novembre 1672, comme on le verra plus loin.

La Compagnie des Cent-Associés se vit retirer ses privilèges en 1663 et certaines des concessions qu'elle avait pu faire furent révoquées, surtout celles qui n'avaient pas été défrichées. Le fief de Grosbois était de celles-là et pourtant Pierre Boucher (1) fut admis à la "Foy et hommage" le 3 octobre 1668, à la charge d'occuper les lieux dans la présente année, autrement il en sera disposé. (2) Pierre Boucher, premier détenteur du titre sieur de Grosbois avait d'autres préoccupations. Son attention s'était détournée des rives du lac Saint-Pierre vers les Îles Percées, où se trouvaient quelques membres de sa famille. (3) Ce domaine des Îles Percées qu'il avait reçu en janvier 1664, retenait maintenant toute sa concentration, et c'est là qu'il avait commencé un établissement avec quelques colons. .

Le 3 novembre 1672, alors que le fief Grosbois ne fut toujours pas défriché, Pierre Boucher reçut un nouveau titre. Le fief étant situé également de chaque côté (4) de l'embouchure de la rivière "à Machis " (Yamachiche).

Une surprise ou un signe de la considération dont jouissait la famille: le fils aîné, sieur de Boucherville, (1-1) âgé de neuf ans, reçoit la concession voisine de celle de son père à l'Est. (5) Voir la carte No.1.

En 1693, Pierre Boucher, sieur de Grosbois, vend à son second fils Lambert Boucher, sieur de Grandpré, (1-3) major de Trois-Rivières, un peu moins de la moitié du fief de Grosbois du côté Ouest pour trois cents livres. Cette partie prendra la dénomination originale de Grosbois-ouest! (6)Voir la carte No.2.

Le fief de Grandpré

Deux ans plus tard, ce même Lambert (1-3) reçoit la seigneurie de Grandpré, elle se situait immédiatement à l'Ouest de Grosbois-ouest. (7)

Lambert n'a pas du retirer de gros avantages de ses concessions, il meurt en avril 1699.(8) Les fiefs de Grosbois-ouest et de Grandpré passent à sa veuve Marguerite Vauvril de Blazon et aux deux enfants mineurs survivants.

Morcellement du fief de Grosbois

Quelques mois plus tard, Pierre Boucher, sieur de Grosbois, vend à Nicolas Gatineau, son beau-frère, (8a) une concession d'une partie de terre incluse dans le fief Grosbois-est, (9) enfin le premier juillet 1702, Marien Tailhandier, notaire à Boucherville, dresse le contrat de vente de la dernière partie du fief de Grosbois-est. Pierre Boucher vend à ses petits-neveux Charles et Julien Lesieur le reste du territoire qui lui appartenait pour la somme de 800 livres. (10) Pierre Boucher n'habita ni ne défricha jamais son fief de Grosbois. Il en avait eu la possession pendant 49 ans. Son fils aîné Pierre, sieur de Boucherville (1-1) était toujours propriétaire d'une concession voisine de celle qui avait appartenu à son père. Le second fils de Pierre Boucher, Lambert (1-3) concéda peut-être des habitations dans les deux fiefs qui lui appartenaient (Grosbois ouest et Grandpré) mais ce dut être fait verbalement ou par billet car on a pas retrouvé de contrats notariés avant 1706. (11) Pierre Boucher de Boucherville, fils aîné, (1-1) vend à Louis Gatineau, en 1712, le fief qui lui avait été concédé en 1672. (12)

Au cours de l'année 1723, de nombreux propriétaires de seigneuries rendent la foi et hommage et font des aveux et dénombrements. (Suite à la mort du roi Louis XIV) Louis Boucher de Grandpré fils aîné (1-3-1) et héritier de Lambert rend foi et hommage, tant pour lui-même que pour sa sœur (1-3-2) et pour leur mère pour les deux fiefs qui leur appartiennent: Grosbois-ouest et Grandpré. (13) Charles Lesieur fait la même chose pour Grosbois-est. (14) Louis Gatineau aussi pour le fief acheté de Pierre Boucher de Boucherville. (1-1) (15)

Un Boucher de Grandpré en Louisiane

Louis Boucher de Grandpré (1-3-1) (16) le fils de Lambert et de Marguerite Vauvril, imite son père et fait carrière dans les armes. Il assiste au mariage de sa sœur Geneviève (1-3-2) avec Charles Hertel, sieur de Chambly, aux Trois-Rivières le 16 novembre 1729 (17). Quatre mois plus tard, Louis fait un échange d'héritage avec sa sœur et son beau-frère. Il part pour la Louisiane en automne 1730 pour y poursuivre une carrière militaire et s'y marier. Enfin le 16 mai 1764, son procureur Joseph Godefroy de Tonnancour vend à Conrad Gugy, officier hollandais d'origine suisse et secrétaire du gouverneur Haldimand les deux fiefs qui appartenaient encore à la famille, soit Grosbois-ouest et Grandpré.(18) Avec cette vente disparaissent tous les droits de la famille de Pierre Boucher sur la rive nord du lac Saint-Pierre.

Quelques détails supplémentaires sur l'une ou l'autre de ces seigneuries:

Le 17 février 1723 Louis Boucher de Grandpré fils aîné (1-3-1) et héritier de feu Lambert Boucher de Grandpré (1-3) rend foi et hommage pour les 2/3 dans la moitié de 3/4 de lieue moins 7 arpents de terre de front sur deux lieues de profondeur (Grosbois-ouest) et de deux autres tiers dans la moitié de la moitié dans un autre fief de une lieue de front sur trois de profondeur... faisant tant pour lui que pour Marie de Vauvril, sa mère propriétaire de la moitié de la portion de fief que dudit fief et pour Geneviève sa sœur, aussi héritière pour 1/3...etc...Le lendemain, 18 février, il donne un aveu et dénombrement pour les mêmes parties et pour les mêmes personnes. Ces deux actes paraissent s'appliquer à deux terres différentes: le fief Grosbois-ouest ou Petite rivière-Yamachiche d'abord et un autre fief ensuite, Grandpré. Les Lesieur font leur foi et hommage et aveu et dénombrement pour leur fief aux mêmes dates.

Source : Benjamin Sulte, Mélanges historiques, Vol. 7. Pp 67 à 75
René Jetté, Dictionnaire généalogique des familles du Québec

Quelques notes sur la famille Gatineau

Nicolas Gatineau dit Du Plessis, né à Paris vers 1627 ou 1628. Il arrive à Québec en 1648, peut-être comme soldat... En 1650-51 on le retrouve commis du poste de traite des Cent Associés aux Trois-Rivières. Il pratique aussi comme notaire et passe une douzaine d'actes, puis il travaille à Montréal où il passe quelques contrats de janvier 1652 à juillet 1653. Il revient aux Trois-Rivières puis au Cap. Âgé de 36 ans il passe un contrat de mariage avec Marie Crevier, âgée de 13 ans, fille de Christophe Crevier et de Jeanne Evard; le contrat est de Laurent du Portail et date du premier avril 1663. Il devient ainsi le beau-frère de Pierre Boucher. On le retrouve au Cap où il fait de la traite et il fréquente les caravanes de l'ouest en se rendant dans l'Outaouais et on suppose que la rivière Gatineau lui doit son nom! Au recensement de 1681 au Cap-de la-Madeleine on voit Nicolas Gatineau, 54 ans, 2 fusils, 2 pistolets, 14 bêtes à cornes et 60 arpents de terre en valeur, sa femme Anne (Marie) Crevier 31 ans, enfants: Nicolas 17, Marguerite 15, Jean(Baptiste) 10, Madeleine 9, Louis 7, domestiques Robert Campion et Michel...Il faut y ajouter une fille Jeanne-Renée dont la trace se perd aussitôt.

Nicolas Gatineau est décédé le 10 août 1689 à l'Hôtel-Dieu de Québec; son épouse mourut vers 1700. Pierre Boucher qui avait reçu le fief de Grosbois en détacha une partie qu'il donna à son filleul Nicolas (le fils) devant Marien Tailhandier le 12 sept. 1699, année de son mariage à Jeanne Testard, fille de Charles de Folleville et de Anne Lamarque.

Lorsque Nicolas (le fils) mourut le fief passe à son frère Jean-Baptiste. Quand au fils Louis, il acquit le fief Boucher de ¾ de lieue sur une lieue, de Pierre Boucher de Boucherville (1-1) le 28 juillet 1712. Il s'était marié à Batiscan, le 22 janvier 1710 à Jeanne Lemoine fille de Jean et de Madeleine de Chauvigny. Le frère de Jeanne René-Alexandre Lemoine Despins avait épousé Marie-Renée Boulanger, fille de Pierre et de Renée Godefroy le 2 février 1712.

RÉFÉRENCES :

Presque toutes extraites de Inventaire des concessions en fief et seigneurie, fois et hommages et aveux et dénombrements conservés aux Archives de la Province de Québec par Pierre-Georges Roy. (I. C. F. S.)
Voir aussi : Les bases de l'histoire d' Yamachiche de R. Bellemare

(1) (I. C. F. S.) Vol.II, p.265/266. Actes du 23 mai 1653 et du 9 août 1655.
(2) (I. C. F. S.) Vol. II, p.266 Acte que Pierre Boucher me semble signer à Québec le 3 oct. 1668.
(3) Les noms de Marie-Ursule et de Ignace Boucher, enfants du seigneur sont mentionnés comme marraine et parrain au registre de Boucherville le 20 mai 1668 avec la signature du Rév. Père Jacques Marquette.
(4) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 266 Concession de Jean Talon du 3 nov.1672.
(5) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 253 Concession de Jean Talon du 3 nov. 1672.
(6) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 267 Acte de Antoine Adhémar du 2 juillet 1693,
(7) (I. C. F. S.) Vol. IV, p.117 Concession de Frontenac et Champigny du 30 juil.1695, une lieue sur trois.
(8) Sépulture le 3 avril 1699, registre de Trois-Rivières. P.R.D.H.
(8a) Nicolas Gatineau devient le beau-frère de Pierre Boucher lorsqu'il épouse Marie Crevier, la sœur de Jeanne en avril 1663. (René Jetté)
(9) (I. C. F. S.) Vol, II, p. 273 Acte de Marien Tailhandier du 12 sept. 1699.
(10) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 270 Acte de Marien Tailhandier du 1 juil. 1702. Les frères Lesieur sont les petits-enfants de Etienne Lafond et de Marie Boucher, sœur de Pierre Boucher.
(11) Greffe Etienne Véron de Grandmesnil, A.N.Q. Trois-Rivières.
(12) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 253 Acte de F. G. Lepailleur du 28 juil. 1712.
(13) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 267 Acte du 17 fév.1723.
(14) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 271 Acte du 17 fév.1723.
(15) (I. C. F. S.) Vol. II, p. 253 Acte du 23 fév.1723.
(16) Baptisé le 3 juil.1695 à Trois-Rivières.
(17) P.R.D.H.
(18) Greffe de Louis Pillard, Trois-Rivières.

Les deux cartes annexées sont de Jacques Dunant.
Merci à monsieur Marcel Trudel pour sa carte des seigneuries de la rive nord du lac Saint-Pierre en 1674, dans Le terrier du Saint-Laurent en 1674.

Préparé par Jacques Dunant en mars 1998 et revu en août 2004 et novembre 2005.

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