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Pierre Boucher, l'Ignoré..Un Homme Modeste
par Jacques DunantEnglish version
Né au XVII ième siècle, Pierre Boucher a connu tous les personnages qui ont aidé à construire la Nouvelle-France durant la difficile période de l'enracinement Il a écrit diverses choses à diverses occasions. Par exemple, il a écrit en 1695 : "Je suis un des plus anciens du pays de la Nouvelle France, y ayant été amené par feu mon père en 1635. J'étais pour lors âgé de treize ans."
Dans un opuscule peu connu, monsieur Raymond Douville(1) a écrit : " La plupart des historiens fixent l'arrivée de Pierre Boucher en 1634. Citant le texte de Boucher, tel que ci-dessus il ajoute : " Nous n'avons aucune raison de douter de la véracité de cette précision ". C'est la confirmation de ce que j'ai avancé dans Kessinnimek, février 2005, que plusieurs historiens ont commis des erreurs. (Donc il est bien arrivé en 1635)
Les contemporains de Pierre Boucher reconnaissent son talent à tous les postes de commande où il a servi; le gouverneur d'Avaugour le délègue en France comme son Envoyé personnel auprès du roi en 1661. Au cours de ce voyage, le ministre J.B. Colbert lui demande d'écrire sur le pays de la Nouvelle-France afin d'encourager l'émigration française. Cela a donné naissance à un petit livre décrivant l' Histoire Naturelle du pays et les moeurs de ses habitants. Cet ouvrage écrit à son retour en 1662 et en 1663 a été signé aux Trois-Rivières le 8 octobre 1663 et il est a été envoyé peu après en France et publié en janvier 1664 à Paris sous le titre : " Histoire Véritable et Naturelle des Mœurs et Productions du Pays de la Nouvelle-France Vulgairement dite Le Canada ". Cet ouvrage a été traduit en anglais par Edward-Louis Montizambert et publié en 1883 par George E. Des Marets & Co. à Montréal, sous le titre :
CANADA IN THE SEVENTEENTH CENTURY Il faudrait peut être dresser maintenant une brève chronologie de sa vie :
1622 Il est baptisé à Mortagne au Perche le premier août.
1635 Il arrive en Nouvelle-France avec sa famille.
1637 Les Pères Jésuites l'engagent pour les servir en Huronie. Il y passe quatre ans, pendant les quelles il apprend leurs langues et leur façon de vivre. Ces expériences lui serviront toute sa vie. Les RR PP lui apprennent à lire et à écrire, il apprend aussi à examiner les choses et il développe son esprit d'observation et d'analyse.
1641 Retour de la Huronie. Le gouverneur De Montmagny le nomme soldat dans la garnison de Québec, il devient rapidement caporal puis sergent.
1642 Il assiste à la fondation de Montréal.
1644 Il est nommé interprète officiel et commis au fort de Trois-Rivières. Il va transiger avec les Amérindiens, pourvoyeurs de fourrures. Le bassin du Saint-Maurice est immensément riche en pelleteries.
1649 Il épouse Marie Chrétien, (Ouébadinskoué)jeune huronne. Il est nommé capitaine du bourg des Trois-Rivières. Baptême de son fils Jacques le 11 décembre. Puis les deux (la mère et son fils) décèdent.
1652 Il se remarie à Jeanne Crevier le 9 juillet
1653 Le gouverneur de Lauson lui concède le fief de Grosbois (Yamachiche).
1654 Il reçoit son titre officiel de gouverneur des Trois-rivières, le premier octobre.
1657 Il demande l'autorisation de se retirer sur son bien au Cap-de-la-Madeleine.
1661 Il reçoit ses lettres d'anoblissement du gouverneur d'Avaugour. Il s'embarque pour la France à titre d'ambassadeur de M. d'Avaugour pour demander des secours au roi le 22 octobre.
1662 Embarquement à La Rochelle pour revenir en Nouvelle-France. Il est renommé gouverneur des Trois-Rivières.
1663 Le huit octobre, il signe la lettre d' envoi de son manuscrit de l' Histoire Véritable et Naturelle à Colbert.
1664 Son manuscrit est publié à Paris. Le 24 janvier il reçoit un titre pour sa seigneurie des Îles Percées. C'est le futur Boucherville.
1667 Sa fille Marie épouse à Trois-Rivières le lieutenant René Gaultier de Varennes.
1668 Le R.P. Marquette signe le premier acte au registre de Boucherville, le 20 mai.
1672 Le 3 novembre, Jean Talon lui concède officiellement la seigneurie des Ïles Percées.
1673 Le 4 avril, premières concessions à Boucherville. Les premiers colons y sont depuis 1667..
1707 Antoine Adhémar rédige le testament de Pierre Boucher et de Jeanne Crevier, le 12 octobre.
1717 Mort de Pierre Boucher, le 19 avril, il est inhumé sous son banc dans l'église locale le 21 à Boucherville.Cela fait une vie bien remplie, alors pourquoi cette ignorance?
Résumons, en 1653 il sauve la bourgade des Trois-Rivières et réussit à annihiler les projets de reconquête des Agniers. En prenant les Trois-Rivières, ces derniers pensaient diviser la colonie en deux et ainsi isoler Ville-Marie laquelle sans secours finirait par succomber. En 1661 il convainc le roi et son Ministre Colbert de sauver le pays en y envoyant des troupes et des hommes de travail.
Le roi et Colbert enverront le régiment de Carignan-Salière en 1665; mille deux cent hommes, on ne déplace pas ces personnes en quelques semaines ou en quelques mois. Il faut assurer leur ravitaillement et les loger. Travail énorme de préparation et de logistique qui prendra quatre ans mais qui va assurer la paix et le calme pour presque vingt ans. Un grand nombre de ces soldats et des officiers vont rester en Nouvelle-France et bientôt viendront les filles du roi. En conclusion, on peut dire que l'ambassade de Pierre Boucher en 1661-62 est un succès grâce à sa diplomatie et à sa connaissance du pays.
Pierre Boucher est un homme modeste qui n'a jamais recherché les honneurs. La modestie, la dignité et le respect sous toutes ses formes, respect de l'autorité et respect de la vie, voilà quelques vertus qui peuvent identifier Pierre Boucher. On peut y ajouter l'union dans la famille, prêcher la bonne entente, éviter les conflits, voilà d'autres vertus transmises à ses descendants. Ces notions de probité ont peu à peu disparu de nos mœurs.
Mais elles nous permettent de cerner un personnage marquant de son époque.
Et aujourd'hui La Ville de Pierre Boucher n'a pas oublié son fondateur. Elle a donné le nom " Pierre Boucher " à une petite rue du vieux village, on a aussi donné son nom à un centre d'achat : Place Pierre Boucher, à une école et enfin à un hôpital. Une statue de Pierre Boucher décore une alcôve dans la façade de l'édifice de l'Assemblée Nationale à Québec. Il voisine ainsi avec nos héros des premières heures, Champlain, Iberville, Frontenac, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Jolliet, le Père Jacques Marquette et plusieurs autres.
Les trois cents ans de son décès vont avoir lieu en 2017 et cinq ans plus tard les quatre cents ans de sa naissance. Quelqu'un y pensera-t-il? Ou le grand Ignoré restera-t-il encore longtemps inconnu de beaucoup de Canadiens.
(1) Raymond Douville a été Conservateur des Archives nationales du Québec
Membre de la Société Royale du Canada et de la Société des Dix Dans la collection Classiques canadiens, il a publié, chez Fides en 1970 des Textes choisis sous le titre PIERRE BOUCHERJacques Dunant
février 2005
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