![]()
Késsinnimek - Roots - Racines
LES CENT-ASSOCIÉS ET LA SEIGNEURIE DE
LA CITIÈRE
par Jacques DunantEnglish version
Samuel de Champlain navigue le long des côtes de l'Acadie et explore le Saint-Laurent. Il fonde Québec en 1608 et rapporte en France les possibilités d'un commerce important avec cette nouvelle contrée. Le cardinal de Richelieu (1585-1642), premier ministre sous Louis XIII organise la compagnie des Cent-Associés aussi appelée compagnie de la Nouvelle-France. Elle doit s'occuper du commerce et du peuplement du pays. Les Cent-Associés reçoivent la Nouvelle-France en toute propriété en 1627; c'est un privilège énorme accompagné de très grosses responsabilités.
Boucherville doit le début de son existence à la seigneurie de La Citière et celle-ci doit sa courte vie d'environ trente ans à la compagnie des Cent-Associés.
Monsieur Jean de Lauson fait partie de ce groupe et devient rapidement l'un des directeurs des Cent-Associés. Le 15 janvier 1635, la Compagnie de la Nouvelle-France ou Compagnie des Cent-Associés concède à François de Lauson, sieur de Liret ou Lirec, fils aîné de monsieur Jean de Lauson, chevalier, une concession située au sud de Montréal, elle commence aux îles de Sorel dans le lac saint-Pierre et va jusqu'au dessus du Sault Saint-Louis, elle s'étend en profondeur du Saint-Laurent jusqu'à l'océan Atlantique. C'est la seigneurie de La Citière, elle s "étendait sur soixante six milles de front (110 km.)
Publié dans les mémoires de la Société historique de Montréal, 9ième livraison, page XXVI
Extrait de Inventaire des concessions en fief et seigneurie (I.C.F.S.) de P. G. Roy, Vol.1 page 48.![]()
Le 29 juillet 1638, acte de mise en possession par M. de Montmagny, gouverneur à Nicolas Trevet, procureur de François de Lauson, greffe de Jean Guitet du 29 juillet 1638 .
Extrait du même ,p. 49Note: La seigneurie de La Citière était immense, elle s'étendait du Sault-Saint-Louis(rapides de Lachine) aux îles de Sorel en front et se rendait jusqu'à l'océan Atlantique et de là dix lieues dans la mer! Ce territoire était occupé par les Agniers (Mohawks), une des Cinq nations Iroquoises et couvrait la rive sud du Saint-Laurent entre la rivière des Iroquois (Le Richelieu) et le lac Erié. Cette nation iroquoise contrôlait ainsi la navigation sur le Richelieu, le Saint-Laurent et la rivière des Outaouais ce qui lui permettait de détourner vers les Hollandais, situés plus au sud, les pelleteries de la Nouvelle-France.
Le 1er avril 1647, acte de concession de François de Lauson, premier propriétaire de La Citière aux religieux de la Compagnie de Jésus deux lieues depuis l'île Sainte-Hélène jusqu'à une prairie proche du Sault sur quatre lieues de profondeur. C'est l'arrière-fief de la seigneurie de La Prairie de La Madeleine, dans la seigneurie de La Citière.
Extrait de I.C.F.S. vol.1 p. 227.
La famille de monsieur Jean de Lauson
Jean de Lauson, (1584-1666), gouverneur de la Nouvelle-France de 1651 à 1656, fils de François de Lauson et de Isabelle Lotin, seigneur de Lirec. En 1613 il est Conseiller au parlement, en 1622 Maître des requêtes. Il est l'un des premiers membres de la Cie des Cent-Associés en avril 1627. Il en est nommé directeur cette même année. En 1629, il s' occupe de la restitution du Canada à la France. (Québec est occupée par David Kirke ) Champlain lui reconnaît un rôle déterminant dans cette affaire.
Il épouse Marie Gaudard, elle lui donne plusieurs enfants:
François, premier seigneur de La Citière, n'est jamais venu au Canada,
Jean, grand sénéchal, marié à Anne Després, sera tué par les Iroquois en 1661
Charles, grand maître des eaux et des forêts en Nouvelle-France épouse Marie-Louise Giffard le 12 août 1652 à Québec. Il passe en France avec sa fille en 1657, suite au décès de son épouse..
Louis, marié en 1655 à Catherine Nau, décédé noyé en 1659.En 1647 ou 1648 François de Lauson remet La Citière à son père qui la donne alors à son fils Louis qui prend le nom sieur de La Citière. Après la mort de Louis en 1659, La Citière passe au fils Jean qui va décèder deux ans plus tard.
Le 17 janvier 1651, Jean de Lauson est nommé gouverneur de la Nouvelle-France en remplacement de Louis d'Ailleboust; il débarque à Québec le 14 octobre 1651 accompagné de deux de ses fils : Jean, grand sénéchal de la Nouvelle-France et Louis, futur sieur de la Citière. Neuf jours plus tard le 23 octobre 1651, Jean, le grand sénéchal épouse Anne Després, fille de feu Nicolas et de Madeleine Leblanc qui avait fait la traversée avec lui. L'année suivante, le 1er juillet 1652 arrive à Québec Charles de Lauson-Charny, grand maître des eaux et des forêts. six semaines plus tard, il épouse Marie-Louise Giffard, fille de Robert et de Marie Renouard, âgée de treize ans. Ce mariage a lieu à Québec le 12 août 1652. (René Jetté)
Source: Emile Salone, La colonisation de la Nouvelle-France.
Le gouverneur Jean de Lauson
Jean de Lauson le gouverneur fait de nombreuses concessions, entr'autres:
Beauport (fief de Mille-Vaches) à Robert Giffard le 15 novembre 1653. Voir: I. C. F. S. Volume II, p. 18..Seigneurie de Grosbois-Ouest ou Petite Rivière Yamachiche, à Pierre Boucher le 23 mai 1653. Voir I. C. F. S. Vol. II p.265.
Grosbois-est à Pierre Boucher le 1er juillet 1702.
L'île Saint-Joseph à Trois-Rivières à Pierre Boucher le 20 octobre 1655, I.C.F.S. II p. 37
Il ne faut pas la confondre avec l'île Saint-Joseph ou Grosbois, située dans la seigneurie des Îles percées et concédée en 1664 à Pierre Boucher.Le fief de la Cinquième rivière est concédé à Pierre Boucher fils âgé de trois ans.
Voir I.C.F.S. vol.II p. 50Ces concessions ne sont pas situées dans la Citière
Le 5 octobre 1655, Louis de Lauson, sieur de La Citière épouse à Québec,Catherine Nau de Fossambault, fille de Jacques et de Catherine Granger.Le malheureux Louis se noie en mai 1659, La veuve va se remarier plus tard.
Louise Giffard, épouse de Charles de Lauson -Charny âgée de 17 ans est inhumée en octobre 1656. Son époux se retrouve veuf avec un enfant sur les bras... il va entrer dans les ordres. Source R.J.
Le fief de Longueuil
14 septembre 1657, Acte de concession de M. Charles de Lauson-Charny à Charles Lemoine dans la seigneurie de La Citière de 50 arpents de front sur 100 de profondeur.
Le 30 mai 1664, promesse de Charles de Lauson-Charny à Charles Lemoine de lui concéder l"île Sainte-Hélène et l'île Ronde aux charges qu'il plaira à M. Jean de Lauson d'y apposer. Il y aura quatre autres étapes avant de finaliser la seigneurie de Longueuil, la dernière ayant eu lieu le 8 juillet 1710. Voir Gen-Histo No 2 mars 1980.
Montréal, 1889.
Extrait de I.C.F.S. vol. II p. 58s. Sources : Robert Rumilly, Histoire de Longueuil
Départ d'un gouverneur
Jean de Lauson, après deux termes de gouverneur quitte la colonie en automne 1656, Il a vu et apprécié les services rendus par Pierre Boucher durant le siège de Trois-Rivières en 1653. Jean de Lauson qui a largement profité des avantages de son poste, quitte après avoir institué son fils Charles de Lauson-Charny administrateur de la Nouvelle-France. Ce dernier remet sa charge d'administrateur à Louis d'Ailleboust qui revient de France, puis il s'embarque pour la France où il va étudier pour devenir prêtre.
Le 10 juillet 1659, à Québec Catherine Nau, veuve de Louis de Lauson se remarie à Jean-Baptiste Peuvret.(René jetté)
En été 1659, Charles de Lauson-Charny, prêtre, revient au Canada avec Mgr de Laval.
Le 22 juin 1661 sept Français sont tués par les Iroquois à l'île d'Orléans, parmi les victimes on compte Jean de Lauson, le grand sénéchal, il laisse une veuve Anne Després et des enfants. (7)
Quatre mois plus tard, Pierre Boucher s'embarque pour la France à titre d'ambassadeur pour le nouveau gouverneur Dubois d'Avaugour, il doit convaincre le roi Louis XIV d'envoyer en Nouvelle-France des troupes qui vaincront les Iroquois et permettront le développement du territoire. Pierre Boucher est l'un des nombreux délégués qui implorent le roi de secourir la colonie!
Au printemps 1662, Jean de Lauson, en France, conseiller ordinaire du roi et tuteur des enfants mineurs de feu Jean de Lauson et de Anne Després, fait quelques concessions: Île Sainte-Thérèse ou Lafresnaye à Ignace Boucher le 23 avril 1662, c'est un enfant âgé de trois ans. Voir I.C.F.S. II p. 87
Saint-François-des-Prés à Pierre Boucher le 20 août 1662 I.C.F.S. Vol. V, p. 114
Voir aussi Histoire de Saint-François-du-lac de T. Charland.
Toutes ces concessions sont situées dans La Citière.
L'ambassade de Pierre Boucher
Au cours de son voyage en France, Pierre Boucher réussit un tour de force, le roi et Colbert l'écoutent et le questionnent longuement. Malgré son jeune âge et son manque d'expérience des intrigues et des manières de la Cour, Boucher a le grand avantage de posséder l'enthousiasme et la franchise. Il connaît le pays, et il a aussi un ami là-bas, monsieur Jean de Lauson, ancien gouverneur. L'envoyé de M. d' Avaugour, nom sous lequel il sera connu en France, part en automne 1661. La France vient de vivre une période excitante. On a découvert des malversations aux finances. Le surintendant Nicolas Fouquet a été arrêté. Il sera jugé et condamnné. La disgrâce s'étend à ses amis et en particulier à Isaac de Pas, marquis de Feuquières. C'est ce dernier qui à titre de Vice-roi de l' Amérique, a fait parvenir des lettres de noblesse à Pierre Boucher. Titre apporté par M. d'Avaugour.
Lorsque Boucher, ignorant ces événements récents, arrive chez lui, le marquis doit lui avouer qu'il n'est plus en état de le servir auprès du roi. (8) Boucher devra négocier avec Godefroy d'Estrades. Le premier conseiller du roi est Jean-Baptiste Colbert. Le roi et Colbert écoutent l'envoyé de monsieur d'Avaugour attentivement. Pierre Boucher qui n'est ni un mendiant ni un courtisan, expose les avantages et les besoins de la colonie, il doit réussir à stimuler l'intérêt de Colbert qui lui demande un écrit.
Le roi semble réaliser enfin la nécessité de défendre la Nouvelle-France et comme le démontre l'envoyé de monsieur d'Avaugour il vaut la peine de peupler ce nouveau pays. Tous deux sont surpris qu'un si beau pays ait été tant négligé et ils promettent à Pierre Boucher d'y remédier en y envoyant des soldats et des ouvriers. Colbert demande à Boucher d'écrire pour faire connaître ce nouveau pays. Pierre Boucher quitte la France en été 1662 avec un monsieur de Monts, chargé par le roi d'étudier la situation et les besoins de la colonie. L'Envoyé revient avec des soldats et des promesses. À la suggestion de M. d'Estrades mais à ses propres frais, il emmène aussi des colons, dont plusieurs périront au cours de la traversée qui sera particulièrement longue et pénible. Jeanne Crevier l'attend à Québec; elle y est marraine pour Jeanne Boissel le 8 octobre.(R.J.)
Il arrive finalement le 28 octobre. Un gouverneur aigri, M. d'Avaugour l'accueille sans enthousiasme et refuse de rembourser ses emprunts.(8)
M. de Monts ne perd pas une minute; il reste quelques heures à Québec, monte à Trois-Rivières où il installe Pierre Boucher gouverneur et repart pour la France en novembre en promettant de revenir. Il ne reviendra pas.
Boucher revient aux Trois-Rivières en novembre 1662 et s'attaque presque aussitôt à la demande de Colbert; mais comme l'écrit monsieur Séraphin Marion, Pierre Boucher ne fut qu'un écrivain d'occasion. Lorsque le roi lui demande de défendre la Colonie, il prend rapidement les armes. Lorsque Colbert lui demande d'écrire pour encourager l'émigration Française, il prend la plume"...en attendant que quelqu'autre le fasse dans un plus beau stile"..." (9)
Son manuscrit terminé un an plus tard, en octobre 1663, il l'envoie en France; mais durant cette année et la suivante Pierre Boucher doit faire face aux activités illégales de sa belle famille aux Trois-Rivières.
Revenons aux Cent-Associés
Les Cent-Associés n'ont à peu près pas peuplé la colonie comme ils auraient dû et ils ont accumulé des dettes énormes.
La réorganisation de la colonie par le roi Louis XIV et Colbert commence en 1663. Il faut prononcer la déchéance de la Cie des Cent-Associés; à l'assemblée du 24 février 1663, les intéressés remettent la Nouvelle-France au roi. Un arrêt du 21 mars 1663 ordonne que les terres non défrichées soient remises à la couronne ou distribuées de nouveau, mais le gouverneur de Mésy ne procèdera à l'enregistrement que 18 mois après sa promulgation donnant ainsi un sursis aux concessionnaires. (10)
Le roi la reprend pour l'aliéner presque aussitôt. L'édit de création de la Cie des Indes Occidentales date de mai 1664. La direction de la colonie est maintenant répartie sur deux têtes, gouverneur pour le militaire et intendant pour la Justice, Police et Finances. Il reste à vaincre les Cinq Nations (Iroquois) , on a un gouverneur militaire il faut maintenant un intendant; c'est Jean Talon qui sera nommé le 23 mars 1665. Il arrivera en septembre. Un peu auparavant, le 24 janvier 1664, le même Jean de Lauson toujours en France, concède à Pierre Boucher la seigneurie des îles percées (futur Boucherville), deux lieues de front sur deux lieues de profondeur dans sa seigneurie de La Citière (deux lieues égalent 168 arpents), incluant les six îles principales qui forment l'archipel des îles percées peu avant la création de la compagnie des Indes Occidentales. M. de Lauson dit bien qu'il agit à titre de tuteur des enfants mineurs de feu son fils Jean, propriétaire de la seigneurie de La Citière.
Voir la carte à la page suivante
Comme le volume `` Histoire Véritable et Naturelle...``de Pierre Boucher a été publié à Paris quelques jours auparavant on pourrait voir dans cette concession un geste d'appréciation de Jean de Lauson à Pierre Boucher (11).
C'est la fin de la seigneurie de La Citière.
Principales conclusions du voyage de Pierre Boucher, le roi et le ministre Colbert prennent connaissance des difficultés auxquelles font face quotidiennement les colons de la Nouvelle-France et la nécessité de secourir les pionniers par l'envoi de troupes bien entraînées et bien disciplinées.
Ayant créé la Compagnie des Indes Occidentales, le roi nommait Daniel Rémy, sieur de Courcelle, gouverneur et Jean Talon intendant, Avec le marquis de Tracy, lieutenant-général ils devaient faire son procès à de Mésy et réorganiser le Conseil. De Mésy meurt en mai 1665 pieusement réconcilié avec le clergé. Quelques semaines plus tard, c'est l'arrivée à Québec des premières compagnies du régiment de Carignan-Salière. La colonie reprend son souffle!
Merci à Pierre Boucher !
Préparé par Jacques Dunant, revu en avril 2005.
Sources :Dictionnaire biographique du Canada.
Marcel Trudel : Initiation à la Nouvelle-France et Le terrier du Saint-Laurent. Tous mentionnés dans l'Histoire de Longueuil etc... de Alex Jodoin et J.L.Vincent.
Cahiers Gen-Histo, Louis Lemoine, Les chemins de la baronie de Longueuil, Volume No2 ,p. 38 et Claude Perrault : l'Île Sainte-Hélène
Sous le régime français, Volume 3 p.3
(7)René Jetté, Dictionnaire généalogique des familles du Québec.
(8) Ménoires de Monsieur Boucher, B.R.H. 1926
(9) Histoire véritable et naturelle S.H.B.1967 Avant-propos
(10) Émile Salone La colonisation de la Nouvelle-France.p. 180.
(11) Estelle Mitchell, s.g.m. Messire Pierre Boucher, sieur de Grosbois.

