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CARIGNAN- SALIÈRE
ET MARIE-URSULE BOUCHER (1655-1733)
par Jacques DunantEnglish version
La Compagnie des Indes Occidentales et
LE RÉGIMENT DE CARIGNAN-SALIÈRELa concession des Îles percées, faite par Jean de Lauson devra être reconçédée vu l'abandon des droits des Cent-Associés en mars 1663. Ce qui n'empêche pas Pierre Boucher de penser à morceler son fief. Pourquoi Jean de Lauson a-t-il attendu au 24 janvier 1664 pour accorder son fief à Pierre Boucher? C'est peut-être pour faire suite à une demande de ce dernier lui-même , demande qui aurait pu accompagner son manuscrit de l' Histoire Véritable et Naturelle. Pierre Boucher pense à développer son fief, mais il songe aussi et surtout à quitter son gouvernement des Trois-Rivières.
Madame Crevier (Jeanne Esnard ou Esvard) et ses fils Crevier sont très impliqués dans le commerce des fourrures, commerce doublé de celui de l'eau de vie qu'ils offrent aux Amérindiens en échange de leurs fourrures. Ce commerce n'est pas toujours légal et met le juge Boucher dans l'embarras. Bien sûr, car à titre de juge, il pourrait être contraint de condamner sa belle-mère.
(11)Source: E. Salone: La colonisation..p.257 et 264LES RAISONS Entre l'automne 1664 et l'été 1665, Pierre Boucher rédige les raisons. Il y expose ses intentions face à une situation délicate aux Trois-Rivières et face à son nouveau fief des Îles percées. Le juge Boucher est en accord avec Mgr de Laval qui réprouve le trafic de l'eau de vie, parfois contre l'avis du gouverneur général de Mésy.
L'HISTOIRE VÉRITABLE ET NATURELLE (H. V. N.) En janvier 1664 chez Florentin Lambert, rue Saint-Jacques à Paris on publie l'opuscule de Pierre Boucher, intitulé: Histoire véritable et naturelle des moeurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada L'oeuvre est dédiée à Monseigneur Colbert, c'est la réponse de Pierre Boucher à sa demande. Pierre Boucher pense à développer son fief, et en parallèle, il songe aussi à quitter son gouvernement des Trois-Rivières.
LE RÉGIMENT DE CARIGNAN Pierre Boucher est convaincu que la Nouvelle-France doit être peuplée et que lorsque l'on aura maîtrisé "cette canaille d'Iroquois" le pays offrira toutes sortes d' avantages à tous ceux qui voudront bien faire un effort. Mais depuis 1649 les Iroquois attaquent de tous les côtés et en 1653 on parle de "vider le pays". La petite colonie de Ville-Marie est naturellement la plus exposée aux incursions des Iroquois. Ces derniers décident de frapper un grand coup, ils profitent de l'absence du gouverneur de Montréal, Paul Chomedey de Maisonneuve parti chercher des renforts en France, pour attaquer Trois-Rivières et ainsi isoler Ville-Marie qui sans renforts ne pourra pas résister longtemps.
Heureusement, cette année 1653, Jeanne Mance et les Montréalistes résistent aux assauts des Amérindiens et Boucher réussit l'exploit de conserver le poste de Trois-Rivières et d'amener les Iroquois à négocier un traité avantageux pour la colonie à Québec. Son fils aîné Pierre naît cette même année, il prendra le nom de sieur de Boucherville
À la fin de l'année, arrive M. de Maisonneuve, enfin de retour à Québec avec ceux que l'on a appelé la "Grande recrue de 1653".
Tous ces éléments font que la Nouvelle-France profite enfin d'un certain répit, mais on attend toujours des militaires et des hommes de métier qualifiés.
Le roi et Colbert tiennent la promesse faite à Pierre Boucher, en 1665. Ils envoient en Nouvelle-France un régiment de troupes qui se monte à environ mille deux cents hommes. Ils arrivent en quatre contingents à un mois d'intervalle, mi-juin, mi-juillet, mi-août, mi-septembre. Les commandants sont le marquis de Tracy et monsieur Chastelard de Salières. Ils construisent rapidement trois forts le long du Richelieu et reviennent hiverner sur les bords du Saint-Laurent. Une surprise attend Pierre Boucher, sa fille Marie-Ursule de retour des Ursulines de Québec remarque le lieutenant René Gaultier de Varennes dont la compagnie est cantonnée aux Trois-Rivières, l'attraction est mutuelle et Pierre Boucher, à titre de gouverneur de la place est continuellement en contact avec l'officier. Il le considère digne d'entrer dans la famille, mais sa fille n'a que onze ans!
La première campagne de Carignan, en janvier 1666 s'avère un échec. Il en faudra une seconde en automne 1666. Cette dernière expédition chez les Cinq-Nations quitte Québec le 6 sept. 1666 on détruit leurs villages et leurs récoltes et on rentre à Québec le 5 novembre 1666.Les Iroquois ont fui devant cette invasion. L'hiver et le printemps passent sans aucune incursion iroquoise. Les campagnes du régiment en 1666 vont conduire à un traité de paix qui sera signé en été 1667.
La Nouvelle-France peut enfin respirer ! Pierre Boucher fait face à ses problèmes et les résout de la façon suivante:
sa fille Marie sera nubile (en âge de se marier) en été 1667. Il morcelle son fief de façon à avantager sa fille et son gendre en leur donnant le tiers du territoire reçu en 1664. Ce morcellement ne lui coûte rien et il lui évite une nouvelle demande aux autorités.Le gouverneur et l'intendant approuvent l'initiative. Talon y voit même une excellente occasion, s'il ne l'avait pas déjà vue depuis un certain temps d'offrir des terres aux officiers de Carignan et à leurs soldats qui désirent s'installer au pays et ainsi peupler la Nouvelle-France. Talon demandera au roi d'envoyer ici des filles à marier et ainsi commencera la saga des filles du roi.
Mais dans la tête de Talon il y a plus que cela, le fait de pouvoir regrouper en Montérégie des troupes bien entraînées et disciplinées devrait assurer la sécurité des colons de Ville-Marie qui demandent des renforts depuis longtemps. Les capitaines de Saurel, de Chambly, de Saint-Ours, Pécaudy de Contrecoeur et Jarret de Verchères obtiendront des concessions dans la région et assureront la sûreté de la zone fluviale contre les incursions venant du sud, pays des Iroquois.
L'objectif de Jean Talon est de développer les terres de proche en proche de façon à éviter l'isolement et à permettre l'entraide et l'assistance!
La rive sud de Montréal se développe lentement, les premiers postes sont Sorel et Chambly, mais ce ne sont que des forts. Sorel tient son nom du capitaine Pierre de Saurel; il est chargé de reconstruire un fort à l'embouchure de la rivière des Iroquois(le Richelieu) en été 1665. Il devait remplacer l'ancien fort Richelieu, érigé en 1642 et abandonné cinq ans plus tard. Monsieur de Tracy ordonne à Jacques de Chambly d'en construire deux autres, un qu'on appellera Saint-Louis, au pied des rapides et un autre nommé fort Saiinte-Thérèse. Ces trois forts sont prêts en automne 1665, ils permettent de surveiller la rivière et les déplacements des Iroquois. Les aumôniers accompagnent les soldats. À Chambly quelques colons appuient le seigneur local et commencent le défrichement.
LA VIE EN MONTÉRÉGIE Les débuts de la vie en Montérégie. La Prairie est le premier poste. Le territoire est concédé aux Jésuites en 1647 (1). Il était tellement exposé aux incursions iroquoises que les RR. PP. Jésuites ne s'y installent qu'en 1667. Suivent Sorel et Chambly, ces deux postes établis en Montérégie .sont des forts, ils sont occupés par des soldats. Ceci grâce aux campagnes du régiment de Carignan (1665 et 1666) (2). Boucherville et Varennes suivent de très près. À Boucherville on considère tenir un registre paroissial (pas très actif) depuis la visite du Père Marquette en mai 1668 (3). Pourtant , dans leur "Journal" les Pères Jésuites mentionnent que le Père Pierre Raffeix quittera Québec au début octobre 1667 pour hiverner aux Îles percées, avant de se rendre à La Prairie. Il aurait fait sa jonction avec les Boucher aux Trois-Rivières et le groupe aurait passé un premier hiver aux Îles percées. C'est fort peu probable. Pierre Boucher et sa famille passent l'hiver 67-68 aux Trois-Rivières; ceci nous est confirmé par le contrat de mariage de Marie avec René Gaultier et par un acte du notaire Séverin Ameau, le 8 mars 1668, c'est le contrat de mariage de Marie Toupin et de Pierre Mouët de Moras où sont présents René Gaultier de Varennes et Pierre Boucher.
Que s'est-il passé aux Îles percées depuis 1664? Probablement rien en 1664 ni en 1665, le territoire est beaucoup trop exposé aux incursions iroquoises, mais après les campagnes de Carignan, et à partir du moment où les Iroquois sont défaits, Pierre Boucher et René Gaultier se mettent à l'oeuvre pour développer Boucherville et Varennes. Cette tentative s'entreprend sur deux fronts, aux Îles percées et aux Trois-Rivières.
AUX ÎLES PERCÉES...DÉBUT D' UNE OCCUPATION Le sieur de Grosbois, Pierre Boucher, a sérieusement évalué son territoire et il organise son développement sur trois espaces. Au centre de son fief, il réserve un emplacement pour une bourgade (4) qui pourra être fortifiée en partie et de chaque côté de cet espace aussi appelé village ou bourg il se prépare à distribuer à des colons des habitations ou portions de terre à défricher et à cultiver d'une superficie de cinquante arpents, soit deux arpents de front sur le fleuve Saint-Laurent sur vingt-cinq de profondeur. Il appuie ainsi un voeu de Jean Talon qui pour éviter l'éparpillement et le danger de l'isolement, encourage le développement de proche en proche pour assurer la protection et l'assistance. (5) Mais il faut faire de l'arpentage et déterminer le rhumb de vent; c'est-à-dire l'orientation des terres, construire un fortin et pouvoir mettre à l'abri les premiers colons, leurs possessions et animaux le cas échéant; tout cela doit se faire à proximité de la place de l'église actuelle, qui est depuis toujours le centre du village. Cette zone centrale de la seigneurie inclut le domaine seigneurial et correspond aux tendances de l'époque dans le développement du territoire, voir : Initiation à la Nouvelle-France de Marcel Trudel, page 187. Elle rappelle aussi l'organisation spatiale du bourg des Trois-Rivières. À cet endroit, bien sûr, les Boucher et René Gaultier sont très connus. Tout le monde se connaît. Examinons un peu
Le registre des Trois-Rivières Le 19 novembre 1657, Jacques Ménard se marie à Catherine Fortier (P.R.D.H-89041), puis le 30 janvier 1663 Jean Bellet dit Lachaussée épouse Marie Boyer (P.R.D.H-89053) en présence de Pierre Boucher. Le 25 novembre 1664, Rolin Langlois épouse Marie Chauvin (P.R.D.H-89064) en présence de Pierre Boucher, gouverneur. Marie Boyer et Rolin Langlois décèdent peu après. Marie Chauvin se remarie le 20 juillet 1665 à Jean de Noyon, (P.R.D.H-89065) encore en présence de Pierre Boucher. Il y en a d'autres. Des noms connus à Boucherville font leur apparition, les Daunais, Giraudière, Charles, Quintal, Vérignonneau, Reguindeau, Rémy, Picard et Pillet. D'autres noms vont suivre.
La Montérégie va connaître ses premiers souffles. Mais, les Boucher ne peuvent quitter les Trois-Rivières sans donner une chance de s'adapter à son nouveau poste à René Gaultier. À titre de nouveau gouverneur il doit être présent et assumer son poste. La promesse faite aux nouveaux époux de les héberger et nourrir durant six mois retarde au printemps 1668 au plus tôt le départ de la famille Boucher pour les Îles percées et cela s'il n'y a pas de contretemps. Mais hélas il y en a.
René Gaultier et Jeanne Crevier participent à un baptême le premier octobre 1667 aux Trois-Rivières puis le clan Boucher-Crevier abandonne toute activité officielle en cet endroit.
Depuis un certain temps déjà Pierre Boucher s'absente souvent des Trois-Rivières ( les registres de la Prevosté de Trois-Rivières en font foi.); on peut supposer que son intérêt se porte sur les îles percées et sur les préparatifs de son établissement.
Mais on n'installe pas une nouvelle seigneurie en quelques semaines et surtout pas quand son épouse est enceinte d'un neuvième enfant. Quant au registre il faut attendre à la mi-novembre 1669 pour y noter un nouvel acte d'un missionnaire qui sera en charge d'une immense région.
Préparé par Jacques Dunant, en avril 2005.
Références :
1. Voir notre texte sur La Citière
2. Sur Carignan, Voir aussi : Michel Langlois, Le régiment de Carignan-Salière.
3. Baptême du 20 mai 1668 par le R.P. Jacques Marquette.
4. Dans la bourgade se trouve aussi la maison seigneuriale et l'église.
5. Premières concessions par le notaire Thomas Frérot le 4 avril 1673.Note: Les références au Programme de Recherche en Démographie Historique (P.R.D.H.) sont de deux ordres
a) le sigle P.R.D.H. suivi d'un numéro (le numéro de l'acte) est extrait du C.D.Rom Du RAB du PRDH, édité par Gaëtan Morin de Boucherville sans date mais disponible à la Bibliothèque Montarville Boucher de La Bruère à Boucherville.
b) le sigle P.R.D.H.sans autre annotation fait référence aux volumes 4, Trois-Rivières et environs et au volume 5, Montréal et environs, deuxième édition revue et augmentée Les Presses de l'Université de Montréal 1991.
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