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LES ENFANTS DE PIERRE BOUCHER
ET DE JEANNE CREVIER
par Jacques DunantEnglish version
1-1 PIERRE BOUCHER DE BOUCHERVILLE (1653-1740)
Le premier seigneur de Boucherville fut Pierre Boucher, fils de Gaspard et de Nicole Lemaire, il prit le titre de Sieur de Grosbois. Le fils aîné du premier seigneur porta le même prénom que son père, soit Pierre. Son père lui accorde le titre : Sieur de Boucherville qu'il ajoute à son nom. Il ne fut pas facile pour Pierre Boucher de Boucherville de se faire un nom alors que son père vivait encore et prenait toute la place. Il naquit dans les circonstances tragiques du siège de Trois-Rivières en août 1653. Son acte de baptême n'est enregistré nulle part. Nous ne savons rien de sa jeunesse, ni de son adolescence. Comme quelques jeunes hommes de son époque, c'est avec des soldats et officiers qui faisaient surtout de la traite lorsqu'ils n'étaient pas en campagne qu'il fait son éducation. Il reçoit une concession du gouverneur Jean de Lauzon le 5 août 1656 de la consistance de 10 arpents de terre de front et 20 de profondeur du coté Nord du fleuve St-Laurent à trois cents pas au dessus de la cinquième rivière. (1) (Je n'ai pas localisé sur une carte cette concession, située sur la rive Nord du lac saint-Pierre.) Son père procède à la prise de possession le 9 juin 1657. (2) Il signe au contrat de mariage de sa sœur Marie-Ursule avec René Gaultier de Varennes, le 22 septembre 1667 aux Trois-Rivières. (3) Il est âgé de 14 ans, un jeune homme. Vu son âge, il est très probable qu'il a accompagné sa sœur Marie-Ursule (1-2) et leur frère Ignace (1-4), ainsi que le R. P. Jacques Marquette lors de leur voyage aux Îles Percées en mai 1668; il revient aux Trois-Rivières avec son frère Ignace. Il doit accompagner sa famille lors de l'installation aux Îles Percées.. Le 3 octobre 1668 Pierre Boucher, sieur de Grosbois porte foi et hommage pour Pierre Boucher, son fils à cause du fief à lui accordé par M. de Lauson alors gouverneur le 5 août 1656. (2a) Il est parrain à quelques occasions à Boucherville, le 23 février 1670 pour Françoise Valiquet P.R.D.H.-1958, le 22 juillet 1670 pour Marie-Jeanne Picard P.R.D.H., le 11 février 1671 pour Marie Lussier P.R.D.H.-1969, le 8 avril 1671 pour sa sœur Jeanne P.R.D.H., jumelle de Louise, le 15 novembre 1672 pour son frère Nicolas P.R.D.H.-2001, et le 14 juin 1674 pour Marie-Barbe Février dit Lacroix (4) P.R.D.H. Tous ces actes sont au registre de Boucherville. Il joue donc un certain rôle dans la vie de la communauté de Boucherville.
Le 3 novembre 1672 Pierre (1-1) reçoit de Jean Talon une concession de ¾ de lieue de front sur une lieue de profondeur, sur le lac Saint-Pierre, adjacent au sieur Boucher son père; (5) c'est le futur fief de Gatineau. (5a) Avec son frère de Grosbois (1-4) et des camarades officiers ils fréquentent, à Ville-Marie, le cabaret de la Folleville (Anne Lamarque épouse de Charles Testard de Folleville) en 1676. Ils ne respectent ni le couvre-feu ni les représentants de l'ordre envoyés par le juge de Montréal. Ils jouent aux cartes et les joueurs sortent leurs épées et la police se retirent pour éviter les coups des joueurs qui sont tous de rudes ferrailleurs. (6)
Pierre de Boucherville assiste au baptême de Marie-Marguerite Gaultier de Varennes, fille de René, gouverneur des Trois-Rivières et de Marie Boucher. L'enfant est née le 22 janvier. Le baptême a lieu le 28 janvier 1680 P.R.D.H. en la maison seigneuriale de Varennes.
Le parrain et la marraine sont Pierre sieur de Boucherville(1-1) et Madeleine Boucher, (1-5) enfants de Messire Pierre Boucher, seigneur de Boucherville; l'acte est passé par Jean Gauthier de Brullon, curé de Boucherville et déposé au registre de la paroisse de Boucherville. Cet acte nous porte à croire que Marie Boucher a passé une partie de l'hiver 1679-80 à Varennes.
L'année 1681
Au recensement de 1681, Pierre demeure avec ses parents à la maison seigneuriale de Boucherville, douze enfants les accompagnent : Lambert, Ignace, Marguerite, Philippe, Jean, René, Louise et Jeanne jumelles, Nicolas-Michel, Jacques et Jean-Baptiste jumeaux, et enfin la dernière Geneviève; il en manque deux Marie-Ursule épouse de René Gaultier de Varennes, avec lequel elle est recensée aux Trois-Rivières, et Madeleine, épouse de Pierre-Noël Le Gardeur, ils sont recensés à la seigneurie de Lachenaie. (6a)
Il est probable que comme son père, Pierre ai à cœur de développer le caractère agricole de la seigneurie, mais il y consacre peu d'efforts car sa carrière militaire le préoccupe davantage. En 1681, le seigneur Pierre Boucher, pour faire suite à leur demande, offre à ses trois fils aînés une portion de terre dans l'île Saint-Joseph en attendant que la fortune leur apporte quelque chose de plus avantageux et de plus digne d'eux ... Pierre Boucher et son épouse Jeanne Crevier s'en étaient réservé une grande partie pour leur grande ferme; ils concèdent à leurs trois fils aînés, une parcelle d'environ cent arpents à chacun, pour seconder la bonne volonté qu'ils avaient de commencer un établissement. ...". (6b) Quatre années plus tard, en 1685, le cadet des trois ayant atteint sa majorité, les trois garçons demandent à leur père un titre particulier ...pour éviter les contestations qui pourraient naître entre eux ... Le fils aîné Pierre de Boucherville obtient environ 100 arpents au-dessus de ses parents. Le suivant Lambert de Grandpré obtient environ 100 arpents en dessus de son frère Pierre et le cadet Ignace de Grosbois obtient environ 100 arpents en dessus de son frère Lambert, il était collé sur le chenal qui séparait l'île Saint-Joseph de l'île appelée La Commune.(6c)
Mariage dans la famille Denis
Pierre décide de se marier en 1683, il est alors âgé de 30 ans et choisit pour compagne, une jeune veuve dans la famille Denis, Charlotte veuve de Pierre Dupas, sieur du Braché qu'elle avait épousé à Québec le 7 novembre 1677, (7) et qui mourut le 20 décembre 1677. (7a) Il ne laissait pas de postérité. Charlotte est la fille de feu Simon Denis et de sa seconde épouse Françoise Dutartre. Il a été conseiller au Conseil Souverain depuis septembre 1664 mais le marquis de Tracy l'a renvoyé en décembre 1666. Charles Denis de Vitré, son fils fut nommé en août 1673. La famille Denis est une famille influente de Québec, Simon Denis a été ennobli en 1663, ils sont au pays depuis 1632 et ont un commerce florissant de pêche dans le golfe St-Laurent. et en Acadie. Cette alliance a toutes les apparences d'une brillante union. Pourtant le vénérable Pierre Boucher n'assiste pas à la cérémonie où se retrouvent les notables de Québec. Le notaire Gilles Rageot passe le contrat de mariage le 23 octobre 1683 (8) en présence du gouverneur Lefebvre de La Barre, de l'intendant de Meulles (voila une raison possible de l'absence de Pierre. Ces deux personnes ne sont pas en bons termes,) des conseillers Rouer de Villeray, Ruette d'Auteuil, Le Gardeur de Tilly, Charles Denis de Vitré, messieurs Chalon, Leber, Aubert de la Chenaie, Gauthier de Comporté, et la plupart de leurs épouses, Jeanne Crevier est accompagnée de Pierre-Noël Le Gardeur. La cérémonie religieuse du mariage a lieu le 25 octobre 1683 à Québec.
Sa carrière militaire
En 1673, Frontenac décide de construire un fort à l'embouchure de la rivière Cataraqui (Kingston) pour essayer de protéger les traitants contre les Iroquois et les Anglais. Il demande deux canots équipés de bons hommes à Pierre Boucher, mais il ne veut pas que ce dernier y participe. Pierre, sieur de Grosbois, y délègue son fils aîné. En 1684 Pierre de Boucherville participe à l'expédition lamentable de De la Barre à l'Anse-à-la-Famine. Juste avant de partir pour cette opération, le 29 juin 1684 il est parrain pour sa nièce Marie-Angélique Le Gardeur à Boucherville P.R.D.H. (9) Le gouverneur De La Barre revient de cette campagne et s'arrête à Ville-Marie pour participer aux cérémonies du baptême d' Antoinette, la fille de Pierre de Boucherville et de Charlotte Denis, née un mois auparavant P.R.D.H. (10) En 1687, Pierre Boucher, sieur de Boucherville accompagne le gouverneur de Denonville dans sa campagne contre les Iroquois Tsonnontouans. En automne 1688 il est de retour pour la sépulture de son frère Jacques (1-13) tué dans un accident de chasse à Boucherville. (11) En automne1690 il se rend à Québec avec quatre de ses frères et combat l'amiral bostonnais Phipps. Il obtient un grade d'enseigne en novembre 1691. Comme on peut s'en rendre compte par ce qui précède les officiers et les soldats qui participent à ces campagnes doivent être des jeunes gens en exceptionnelle forme physique, on leur demande des efforts énormes et leur endurance est remarquable d'autant plus qu'ils sont souvent blessés et parfois affaiblis par les privations. On les a appelés les jarrets de fer.
Retour à Boucherville
Les parents Boucher et la famille de leur fils aîné Pierre de Boucherville vivent dans la maison seigneuriale de Boucherville jusqu'au début de l'année 1690 alors que Pierre et Charlottte sentent le besoin de quitter cette maison pour s'installer dans leur propre résidence. Ils passent un contrat de maçonnerie avec un dénommé Thomas Bercy dit Beausoleil, maçon et tailleur de pierre devant Michel Moreau le 29 mars 1690 pour divers travaux à la maison du sieur de Boucherville. (12) Sa carrière militaire prend beaucoup de place, il continue à pratiquer le métier des armes. Le 15 juin 1685, Pierre, (1-1) Lambert (1-3) et Ignace (1-4) se partagent les arrière-fiefs, reçus de leur père dans l'île Saint-Joseph en 1681, contrat de Michel Moreau. (13) En 1688 il perd son frère de Montizambert; en 1691, il perd son beau-frère Jean-Baptiste Denis de La Bruère et en 1692 son autre beau-frère Jacques Denis de La Broquerie, dont il était l'exécuteur testamentaire. Ces deux noms passeront à ses descendants. (14) Le 12 octobre 1702 Pierre (1-1) vend à René-Alexandre Lemoine Despins l'arrière-fief reçu de son père en 1681 dans l'île saint-Joseph ou Grosbois (15).
Au Détroit
Son père vieillit et pourtant il suit La Mothe-Cadillac au poste de Détroit en 1704 et y mène une belle carrière. Le commandant le recommande pour un poste de sous-lieutenant. Il revient aux Îles percées à diverses occasions et retourne servir au Détroit jusqu'en 1707, alors qu'il revient définitivement à cause du grand âge et des infirmités de son père. Son fils François-Pierre (1-1-3) le remplace au Détroit. Deux membres importants de cette famille ont donc participé aux tous débuts de cette entreprise de colonisation du Midwest, dont le grand responsable fut Antoine Laumet de La Mothe-Cadillac.
Le fief de Montarville
En 1710 il reçoit la concession de Montarville, située entre Boucherville et Chambly. Cette terre qui n'a aucun accès à une rivière se développera très lentement. Elle lui est accordée en remerciements des services rendus. (16) Le grand avantage de Montarville c'est d'avoir six lacs, entourant une montagne. Ces lacs générateurs d'énergie hydraulique alimenteront bientôt des moulins. Le 28 juillet 1712, il vend son fief de Gatineau à son cousin Louis Gatineau.
Le 17 décembre 1718, il envoie son fils aîné prendre officiellement possession de son fief de Montarville Je certifie avoir exprès envoyé mon fils de Boucherville (1-1-3) mon aîné, accompagné du sieur Joseph Boulanger et du sieur Tailhandier, fils résidents l'un et l'autre au bourg de Boucherville, pour prendre possession des terres situées derrière la seigneurie de Boucherville et du bout d'en haut de la montagne qui se rencontre dans les dites terres avons coupé plusieurs arbres et avons mis leur nom sur plusieurs autres suivant les formes de prise de possession, ce que nous certifions être véritable. Signé: Boucherville, Joseph Boulanger, Jacques Tailhandier.
Pierre (1-1) devient seigneur de Boucherville
Le vieux seigneur Pierre Boucher, sieur de Grosbois, meurt le 19 avril 1717, son aîné devient alors le propriétaire de la seigneurie de Boucherville avec sa mère et ses frères et sœurs, co-seigneurs. Cinq jours après le décès de son père, il signe une entente avec Joseph Huet dit Dulude par laquelle il échange le jardin qu'il possède dans le bourg contre le terrain où est construit le moulin à l'eau (17) sur la terre du dit Huet (terres no.19 et 20) aujourd'hui lots no. 34 et 35 du cadastre situé à l'Ouest de la rue Montarville, cet échange ne concerne que des parcelles de terrain, il fait suite à une demande de la plus grosse partie des habitants de la seigneurie qui prétendent ... que le moulin à vent qu'ils ont fait construire n'est pas à présent suffisant pour les fournir de farine pour la subsistance de leurs familles et qu'il est nécessaire de faire un moulin à eau sur la terre de Joseph Huet... Marien Tailhandier, notaire, le 25 septembre 1712. ( Il y a un moulin à vent depuis environ 1688, il est situé du côté d'en bas, donc vers Varennes.) (Source: Lustucru no.8, p. 26) Le 13 juin 1723, il porte foi et hommage, comme fils aîné et héritier de Pierre Boucher, sieur de Grosbois, propriétaire pour moitié dans la moitié du fief nommé île saint-Joseph à Trois-Rivières faisant aussi pour les autres héritiers et aussi pour le fief de Boucherville. Le lendemain il passe un aveu et dénombrement pour ce même fief. Ce même jour il passe un acte de foi et hommage pour son fief de la 5ième rivière (Yamachiche) et le lendemain, 16 juin acte d'aveu et dénombrement pour ce dernier fief. L'aveu et dénombrement du 28 août 1724 ne nous donne pas tous les renseignements que nous aimerions avoir sur le domaine et la maison seigneuriale, en voici quelques extraits: .....Sur lequel fief (Boucherville) il y a un domaine Etably contenant trois arpents et six perches de front (lot no 31) Sur lesd. deux Lieües de profondeur sur lequel led Sieur de Boucherville a une maison de pièces sur pièces de quarente deux pieds de long sur vingt deux de large lattée et enduite dehors et dedans, une Ecurie et une Etable aussi de pièces sur pièces chacune de vingt pied de long sur dix huit de large une grange ... une autre maison de pieux debout. servant à loger le fermier ...
Le 18 juin 1724 il vend un fief de dix sur vingt arpents à Nicolas Duclos. (18 ) Notaire François Trottain. (C'est le fief de la 5ième rivière ou fief Boucher, reçu en août 1656) (Ce fief n'a pas été localisé sur une carte.) Le 11 décembre 1727 Jeanne Crevier est inhumée dans l'église de Boucherville en présence de frère Louis, maître d'école et de Joseph Laporte. (19) À suivre ...
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE Préparé par Jacques Dunant en mai 2005 avec l'aide de la publication de Fleurimont Boucher de La Bruère, intitulée: Bref aperçu généalogique et historique de Pierre Boucher et de ses descendants. Manuscrit non publié.
Les références et la bibliographie suivront avec la deuxième partie.
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