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LES ENFANTS DE PIERRE BOUCHER ET DE JEANNE CREVIER
DEUX FILS PRÊTRES
par Jacques Dunant


English version

1-7 PHILIPPE BOUCHER (1665-1721) septième enfant

Il est né aux Trois-Rivières, le 19 décembre 1665, baptisé le 20 décembre PRDH-87661. Ses parrain et marraine sont Philippe De la Fouille et Jeanne Jalot (Jallaud.) Manifestement fort intelligent, il entre au petit séminaire de Québec en automne 1674, il choisit une carrière ecclésiastique, franchit un premier degré dans la hiérarchie ecclésiastique en recevant la tonsure le 29 septembre 1682 et termine son cours à 19 ans.

La propagation de la foi au Canada

Une effervescence assez unique anime les chrétiens de la Nouvelle-France, surtout à partir de 1663. Clercs et laïcs dévots choisissent le Canada comme terre rêvée d' évangélisation et de conversion des peuples « infidèles » du Nouveau-Monde.

Pierre Boucher et Jeanne Crevier élèvent leurs enfants dans ce courant religieux qui répond aux besoins spirituels et sociaux de la population. L'Église sert utilement la collectivité (écoles pour filles et garçons, hôpitaux, etc.) Il est donc tout naturel de retrouver deux fils de leur famille faire leur choix de carrière, non pas dans les armes comme leurs frères aînés mais en franchissant les portes du séminaire.

Revenons à Philippe BOUCHER

Philippe étudie en théologie et Mgr de Laval le nomme chanoine au Chapitre de Québec, il est reçu prêtre le 26 mars 1689 par Mgr de Saint-Vallier. Il est aussitôt nommé à Cap-St-Ignace et chargé d'une partie de la Côte du sud. Il prend charge de Pointe de Lévis et s'épuise à parcourir les diverses missions de son territoire et tombe malade. Il récupère au séminaire et revient célébrer le mariage de son frère Jean (1-8) et de Françoise-Claire Charet à la Pointe de Lévis le 24 novembre 1692. Deux ans plus tard la paroisse est érigée canoniquement et Pierre Boucher assiste à l'installation de son fils Philippe. Il est un prêtre pieux, dévoué et instruit. Il possède une bibliothèque d'environ 500 volumes, organisés pour le prêt. Il est aussi propriétaire d'un arrière-fief à Boucherville concédé par son père le 24 septembre 1696, devant Genaple, notaire à Québec. Pierre Boucher a toujours prêché l'égalité entre tous ses enfants, il va donner à ses deux fils prêtres et à sa fille Geneviève chez les Ursulines, la même quantité de terres, soit à chacun, un arrière-fief de quatre arpents sur une profondeur de deux lieues pour leur servir de titre clérical et patrimonial. Philippe est aussi témoin involontaire d'un désastre impressionnant. Un jour de novembre 1701, il se rend, comme il le faisait parfois, au séminaire de Québec, il avait à peine ouvert la porte qu'il se vit entouré de flammes, le feu était au séminaire, trois heures plus tard l'édifice était une masse de ruines. Philippe y éprouvait une perte personnelle car il y gardait pour son père de nombreux papiers dont les lettres de noblesse reçues de France en 1661. Lettres dont on attendait encore l'enregistrement. Le curé Boucher était la générosité même, il contribue de ses deniers aux dots de ses neveux et nièces sans songer à l'épuisement de sa bourse. En 1714 il promet donner à Marie-Anne Boucher de Boucherville (1-1-5) une somme de 500 livres pour aider à payer sa dot à l'occasion de son entrée aux Ursulines. Mais quand vint le moment de payer, l'oncle s'aperçut qu'il n'avait pas un sou vaillant. M. Pierre de Boucherville (1-1), son frère, dut emprunter et le curé Philippe promit de le rembourser plus tard. L'affaire se régla en 1724, alors que la somme fut réduite de 25%, donc à 375 livres à prendre sur les biens propres du curé. Il était mort le 8 avril 1721. et a été enseveli dans l'église de St-Joseph de la Pointe de Lévis le lendemain. PRDH-23466.

1-12 NICOLAS-MICHEL BOUCHER (1672-1733), douzième enfant

Né, le 14 novembre 1672 à Boucherville. Baptisé le 15 novembre, P R D H-2001. Parrain, son frère Pierre (1-1), marraine sa sœur Marguerite (1-6). Il deviendra le premier prêtre né à Boucherville. Il quitte la maison seigneuriale de Boucherville en 1681 pour étudier au séminaire de Québec. Il est ordonné le 6 juin 1696 par Mgr de Laval. Son père lui avait garanti par billet un titre clérical et patrimonial qui lui fut confirmé devant le notaire François Genaple le 19 septembre 1696. Voici l'acte.

…Pierre Boucher, Ecuyer, sieur de Boucherville seigneur du lieu… qui a dit que son fils Nicolas étant sur le point d' être pourvu aux ordres sacrés, il avait envoyé billet écrit et signé de sa main à son fils pour lui tenir lieu & assurance de titre clérical et patrimonial en attendant la passation des présentes afin qu'il fut pourvu aux ordres sacrés en conséquence de ce; comme de fait il a depuis été pourvu par Mgr de Laval, ancien évêque de ce pays en exécution duquel écrit et billet susdit confirmé et rectivé par acte subséquent dudit sieur (seigneur) de Boucherville passé devant Michel Moreau no(tai)re audit lieu le 2 avril dernier et conformément à iceux ledit sieur(seigneur) de Boucherville père, donne, cède, transporte et délaisse par ces dites présentes du tout dès maintenant à toujours audit sieur Nicolas Boucher, son fils, prêtre demeurant au séminaire des Missions Étrangères en cette ville de Québec à ce présent et acceptant pour luy ses successeurs ou ayant cause le nombre de quatre arpents de terre de front en arrière fief (comme ont les autres fiefs) situés sur le fleuve Saint-Laurent sur deux lieues de profondeur joignant d'un coté au sud-ouest à Jacques Ménard dit Lafontaine et d'autre coté au nord-est au sieur Philippe Boucher frère dudit sieur donataire pour en jouir, faire et disposer en propriété par ledit sieur donataire…sans toutefois que la présente donation et assignation de titre patrimonial préjudicie en aucune manière aux autres droits successifs dudit sieur donateur vivant avec ses autres frères et sœurs à la succession dudit sieur donateur leur père. Cette donation aussi faite pour servir comme dit est au sieur donataire de titre clérical et patrimonial à condition cependant que les nommés Louis Robert dit Lafontaine & Étienne Dumetz… jouiront de leurs concessions… l'une de deux arpents sur cinquante concédée à Louis Robert et l'autre de deux sur vingt-cinq arpents…et outre aux conditions que si le dit sieur donataire arrivait à tomber en indigence et nécessité soit qu'il sortit dudit séminaire ou faute de bénéfice du vivant de son dit père, il s'oblige en ce cas de le nourrir et entretenir avec ledit don

Par cet acte il reçoit un arrière-fief de quatre (4) arpents sur deux lieues sur lesquels les nommés Louis Robert dit Lafontaine et Etienne Du Metz (Demers) (Dumay) possédant des terres de 2 sur 25 arpents au premier rang. Il s'intéresse à l'éducation et on le retrouve au Château-Richer où il fait la fonction de préfet des études de 1702 à 1705 Il est nommé curé de Ste-Anne de Beaupré de 1698 à 1702, de l`Ancienne-Lorette de 1705 à 1707 et desservant de St-Augustin en 1706 à 1707. Curé de Saint Jean (Île d'Orlèans) 1707 à 1727. Aumônier et confesseur des religieuses de l'Hôpital-général 1730 à 1733, où il fait les fonctions curiales depuis le 27 octobre 1730 (on le mentionne dans ce rôle en six occasions jusqu'au 27 juin 1732)(PRDH). Il décède le 30 juillet 1733 à l'Hôtel-Dieu, sépulture le lendemain(PRDH-166257)) dans la cathédrale basilique (P. G. Roy Les cimetières de Québec). Il était âgé de 60 ans et 7 mois.

Au registre mortuaire de l'Hôtel-Dieu on lit: "Nicolas Boucher, curé de Saint-Jean, Île d'Orléans, très vertueux, fervent et zélé ouvrier apostolique, homme intérieur et plein de l'esprit de Dieu. Entré à l'Hôtel-Dieu le 27 juillet 1733, décédé le 30, inhumé le lendemain à la paroisse.

Lors du testament en 1707, ses parents font le partage de leur seigneurie et donnent à chacun de leurs enfants un arrière-fief de six arpents de large . C'est une confirmation du titre qu'il avait reçu en 1696 et un agrandissement puisqu'il passe de quatre à six arpents de large. Ces terres correspondent aujourd'hui au cadastre no. 40, 41 et 42..

Un jugement de l'intendant Hocquart du 14 juillet 1730 nous laisse savoir que les censitaires du brave curé ne payaient pas souvent leurs dûs. En effet Etienne Dumay, Jean Lesueur et Baptiste Poirier sont condamnés à payer les arrérage et rentes dû aux sieur Nicolas Boucher et sa sœur Louise.

Philippe et Nicolas doivent être honorés de se compter parmi les plus anciens prêtres nés au pays et d'avoir l'un et l'autre grandement contribué à l'édification de la jeune église canadienne. Extrait du volume de Fleurimont Boucher de La Bruère : Bref aperçu historique et généalogique de Pierre Boucher et de ses descendants. (Travail non publié.)

Bibliographie:

Sœur Estelle Mitchell, s.g.m.; Messire Pierre Boucher;
J.-B.-A. Allaire :Dictionnaire du clergé Canadien-Français, les anciens.
Amédée Gosselin: L'instruction au Canada.
Louis Pelletier, Le Clergé en Nouvelle-France, P.U. M. 1983.

Préparé par J. Dunant en 1988 revu et corrigé et complété en été 2006..

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