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À la recherche d’Anne-Marie : l’histoire cachée de nos ancêtres acadiens
Parties 4 à 6
par
                Marie Rundquist

English version

Quatrième partie : un mariage de fait

J’ai plongé la main dans son « dossier Gosselin » et j’en ai retiré la photocopie d’un authentique contrat de mariage conclu en Louisiane. Je peux imaginer ma grand-mère Assélia penchée sur un tiroir à fichiers dans le palais de justice d’une paroisse, le dossier à la main, étudiant les clauses du contrat de mariage passé entre son arrière-grand-mère Harriet et Simon Gosselin, ses cheveux blonds se dressant tout droit sur sa nuque. Si l’on regarde la photographie d’Anaïs Gosselin Gaschet de Lisle, à la page 7-44 de Pioneering in America with the Beville Family, on remarque une femme d’un âge avancé, l’ombre d’un sourire sur un visage plutôt rebondi et attirant. En examinant alors de près la photographie d’Anaïs, on repère un pétillement malicieux dans ses yeux sombres. Je peux imaginer que le fait de grandir dans le foyer Gosselin vers les années 1850 a beaucoup contribué à ce pétillement.

Le contrat de mariage conclu entre les parents d’Anaïs, « Mlle Harriet Denell » et Simon Gosselin, « ce dix janvier de l’année de notre Seigneur, mille huit cent cinquantetrois » donne une idée de la vie assez exceptionnelle de la famille. Il semble que mes deux ancêtres étaient trop occupés à avoir des enfants pour trouver le temps de se marier. En fait, la cérémonie de mariage a été célébrée plus ou moins a posteriori, ne serait-ce que pour légitimer rétroactivement la naissance des huit enfants que les époux ont eu ensemble avant la date où ils ont décidé de se passer la corde au cou. L’Article six, à la page 2 d’un contrat qui insiste, dans le style des contrats prénuptiaux, sur l’absence absolue de responsabilité de chaque partie quant aux biens acquis et aux dettes contractées par l’autre partie avant le mariage, est très révélateur :

« Lesdits futurs mari et femme reconnaissent par la présente leurs enfants Samual Gosselin né le 8 septembre 1838, Julius Gosselin né le 26 janvier 1840, Mary Anaïs Gosselin née le 21 mars 1842. Martial Gosselin né le 25 mars 1844, Alfred Gosselin né le 26 février 1846. Ann Eliska Gosselin née le 10 avril 1848, Magdeleine Ophélia Gosselin née le 5 avril 1850. Octavia Gosselin née le 11 octobre 1852, et souhaitent que lesdits enfants soient reconnus par le mariage ultérieur des parties susnommées, et qu’ils jouissent des mêmes droits et privilèges dont ils jouiraient s’ils étaient nés pendant le mariage des parties en question. »

« L’expérience » de Simon et d’Harriet Gosselin, si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi, a été rendue obsolète par la société et le passage du temps, et au moment où leur première fille, Anaïs, la grand-mère de ma grand-mère était presque une adolescente, et où ses frères aînés approchaient l’âge de se marier, le pragmatisme et le bon sens ont prévalu, toutes les différences religieuses ou autres ont été mises de côté et le mariage, maintenant scellé par l’État de la Louisiane, n’a jamais été brisé.

À la cérémonie de ce mariage Gosselin tant attendu, la présence des personnes suivantes est enregistrée : M. John J. Mortee (le préposé aux mariages), « [illisible].E. Lavine », « P.C. Gosselin » et « P. Gosselin ». Tous les noms ci-dessus ont été enregistrés de la même écriture. Du fait des circonstances du mariage, l’un des témoins en particulier, « [illisible].E. Lavine » devait être vraiment soulagé, dans la mesure où il s’agissait vraisemblablement de Céleste E. Lavigne, la mère d’Harriet, qui avait attendu trente-sept ans, et la naissance de huit petits-enfants, avant d’assister au mariage de sa fille. Céleste allait mourir cinq ans plus tard, satisfaite de savoir que ses petits-enfants étaient vraiment légitimes aux yeux de Dieu, de Samuel B. Hall (le pasteur presbytériensollicité pour célébrer la cérémonie) et de l’État de la Louisiane, et que tous auraient donc la possibilité de faire un « beau mariage ».

Cinquième partie : le tango de Tangipahoa

L’article intitulé Lee’s Landing (ou Lea’s Landing), Tangipahoa Parish, Louisiana Submitted to the USGen www Archives by Robert Vernon, Nov., 2000 (Embarcadère de Lee [ou Embarcadère de Léa], Paroisse de Tangipahoa, Louisiane, soumis aux archives USGen www par Robert Vernon, nov. 2000) explique l’origine du nom de Lee’s Landing. En ce qui me concerne, l’histoire sous-jacente s’est avérée plus fascinante, ce que l’on comprendra en lisant l’article (cité ci-dessous) :

« LEE’S LANDING »

À environ 10 kilomètres à l’est de Ponchatoula, sur la route 22, se trouvent une scierie et un magasin. Sur le côté sud de la route, un panneau indique Lee’s Landing Road. Le long de cette route, à cinq kilomètres du magasin, un embarcadère sur la rivière Tangipahoa avait à l’origine reçu le nom de Lee’s Landing. Aujourd’hui, la communauté de Lee’s Landing est généralement définie comme la zone se trouvant dans un rayon de trois kilomètres à l’est de l’embarcadère d’origine. Le premier propriétaire terrien de cette région était Jean Baptiste Dinelle, qui s’est marié avec Mary Elizabeth Ouvre. Le couple était propriétaire de deux lopins de terre situés dans la paroisse de St. Tammany sur la rive est de la rivière Tangipahoa. Peu de temps après la mort de Lavigne, Mary Elizabeth Ouvre Dinelle Lavigne a vendu en 1838 la partie basse du terrain à Alexander Léa, le bûcheron qui avait épousé Mary May. Dans la mesure où les troncs de Léa étaient regroupés à cet embarcadère avant d’être emportés à l’embouchure de la rivière Tangipahoa, l’endroit est devenu Léa’s Landing. Rien ne permet de penser que l’embarcadère a été nommé en l’honneur du général Robert E. Lee.

Le panneau d’origine qui signale la localité indique « Lea Landing ». Le panneau actuel donne l’orthographe « Lee ». Le panneau suivant indiquera peut-être « Léa’s Landing ».

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Remarque : Mary Elizabeth Ouvre Dinelle m. Antoine Lavigne le 11 septembre 1819. Antoine est décédé le 13 nov. 1839. »

Le contrat de mariage passé entre Harriet Dinelle et son mari Simon Gosselin indique que Samuel Gosselin, leur premier enfant mâle est né le 8 septembre 1838. En général, les parents, et en particulier les mères, veulent toujours aider leurs enfants à bien démarrer dans la vie. Mme Lavigne ne faisait sans doute pas exception à la règle. La date de la vente est significative, je pense, dans la mesure où le produit de la vente du terrain de son premier mari en 1838 aurait représenté un cadeau particulièrement opportun de Mme Lavigne à sa fille tandis que cette dernière devenait mère. Ces fonds auraient pu améliorer les investissements et autres biens de Simon Gosselin, dont une scierie qui, d’après les notes manuscrites de ma grand-mère, était située « près de la rivière Tangipahoa ». La mention du nom de son second mari, Antoine, que Mary Elizabeth Ouvre Dinelle (alias Céleste Oubre Dinelle) a épousé après la mort de Jean Baptiste Dinelle, explique la disposition des pierres tombales dans le cimetière de famille de Jean Baptiste Dinelle. Les noms de M. J.B. Dinelle et de la veuve Lavigne sont ensemble pour l’éternité, comme il se doit, dans le cimetière Collins, comme le documente la référence Collins Cemetery, Tangipahoa Parish, LA Submitted to the USGen www Archives by Don Johnson, Jan. 2000 for Doris Hoover Johnston Typed by Dr. Belford Carver, January 8, 2000 (Cimetière de Collins, paroisse de Tangipahoa, Louisiane soumis aux archives USGen www par Don Johnson, janvier 2000 pour Doris Hoover Johnston tapé par M. Belford Carver, 8 janvier 2000), citée ci-dessous :

« Sur une pierre tombale Jean Baptiste Dinelle bienfaiteur du cimetière né entre 1770-1780, mort 10-1817 Land grand 1805 né au Canada

Mary Elizabeth Ouvre Dinelle Lavigne 1-12-1788 11-13-1858 née dans la paroisse St. James »

Sixième partie : c’est « Ouvre ! »

La complexité de ma généalogie maternelle n’a d’égale que celle de la généalogie du nom de famille de Mary Elizabeth (Céleste) Ouvre, dans la mesure où ce nom est lié à l’histoire des Cajuns en Louisiane. Le nom « Ouvre » ne constitue pas à lui seul un nom de famille légitime. C’est en fait une variante, inventée par son propriétaire, qui doit être accompagnée du nom d’origine de son propriétaire, Huber, pour offrir un contexte identifiable dans la généalogie cajun.

Mary Elizabeth (Céleste) Ouvre, qui épouserait, en 1806 le propriétaire de plantation Jean Baptiste Dinelle, originaire du Québec, était née dans le monde allemand-belgefrançais- acadien (contentons-nous de l’appeler « cajun », n’est-ce pas ?) de la Louisiane, à la fin du XVIIIe siècle. Une de ces familles d’immigrants allemands, les Huber, avait beaucoup en commun avec les familles Hébert et David, qui étaient arrivées en Louisiane par bateau à la fin des années 1760, à la suite d’un exil de leur maison acadienne infligé par les Anglais et d’un passage provisoire de douze ans à Snow Hill, dans le Maryland. En fait, les Huber avaient tant d’affinités avec les David et les Hébert de la Louisiane en cette fin du XVIIIe siècle, que plusieurs mariages sont enregistrés entre les trois familles pendant cette époque, dont le mariage en 1787 de Henrique Houwer (Huber), fils d’Andre Ouvre (Huber) avec Angélique David, la fille née dans le Maryland des Acadiens exilés Etienne-Michael David et Geneviève Hébert, qui donnerait naissance un an plus tard, à Mary Elizabeth (Céleste) Ouvre (Huber) en 1788.

Jacob, le patriarche de la famille Huber, et sa femme Anne-Barbe Schauffine, sont partis d’Allemagne pour arriver en Louisiane vers 1732, selon les références citées sur le site www de Stephen A. Cormier Acadians in Gray (www.acadiansingray.com c. 20002006). Dans les années 1770, du fait de l’intégration complète à la société francoacadienne de Louisiane des fils et des petits-fils de Jacob Huber, dont André, le père d’Henrique, le nom enregistré de la famille Huber s’est transformé en une version plus « française », Ouvre, avec l’initiale H devenue muette. Dans les générations suivantes, d’autres versions du nom de famille Huber ont proliféré parmi les descendants Huber, dont Houwer, Oubre et le nom de famille presque authentiquement américain : Hoover. L’américanisation progressive du nom Huber au fil de plusieurs générations de Huber en Louisiane vient alimenter le mystère (et les difficultés à retrouver les descendants) caractérisant l’une des plus grandes familles d’immigrés allemands de la Louisiane et donne toujours beaucoup de travail à Stephen A. Cormier et aux historiens de la famille Oubre - Ouvre -Hoover.

Ligne ancestrale maternelle de Marie Assélia Rundquist

Remarques : actes de mariage détaillés utilisés dans la recherche d’Anne-Marie

Première génération : Marie Assélia Rundquist, fille de Nancy Beville Pierce a épousé Edward Nowicki, le 19 janvier 1997, à Rockville, Maryland.

Deuxième génération : Nancy Bevill Poore, fille d’Assélia Strobhar Lichliter, a épousé Frank H. Pierce III, le 21 décembre 1952, à Washington, D.C.

Troisième génération : Assélia Strobhar, fille de Marie Assélia Gashet de Lisle, a épousé Emery Bruce Poore, 1932, à Detroit, Michigan.

Quatrième génération : Marie Assélia Gaschet de Lisle, fille de Marie Anaïs Gosselin, a épousé Cecil Strobhar, en 1906, à la Nouvelle-Orléans, Louisiane.

Cinquième génération : Marie Anaïs Gosselin, fille de Harriet Dinelle, a épousé Charles Gaschet de Lisle, vers 1867, à la Nouvelle-Orléans, Louisiane.

Sixième génération : Harriet Dinelle, fille de Céleste Mary Elizabeth Ouvre (alias Oubre, Hoover) a épousé Simon Gosselin le 10 janvier 1853, selon les archives de St. Tammany, dossier 2.

Septième génération : (Céleste) Mary Elizabeth Ouvre (alias Oubre, Hoover), fille de Angélique David, a épousé Jean Baptiste Ginel-Dinelle, le 22 juillet 1806 à l’église St James, paroisse de St James, Louisiane.
(Céleste) Mary Elizabeth Ouvre Dinelle a épousé Antoine Lavigne, le 11 septembre 1819.

Huitième génération : Angélique David, fille de Geneviève Hébert, a épousé Henri François Houwer (Ouvre), le 24 septembre 1787, dans la paroisse de St James, Louisiane.

Neuvième génération : Geneviève Hébert, fille de Marguerite Gautrot, a épousé Michel David, 20/01/1744, Grand-Pré, Nouvelle-Écosse. Source : archives paroissiales pour Grand-Pré.

Dixième génération : Marguerite Gautrot, fille de Françoise Rimbaux, a épousé Michel Hébert, le 8 mai 1726, à Grand-Pré, Nouvelle-Écosse. Source : Dictionnaire généalogique des familles acadiennes par Stephen A. White, publié en 1999, page 696 #5i

Onzième génération : Françoise Rimbault (Rimbeaux, Rimbaut, Raimbault), fille de Anne-Marie, a épousé Charles Gautreaux (Gautrot) en 1685, à Grand-Pré, Nouvelle- Écosse.

Douzième génération : Anne-Marie, fille de (INDIENNE INCONNUE) a épousé René Rimbault, 1653, à Port Royal, en Nouvelle-Écosse.

Enfin, elle était là, mon ancêtre Anne-Marie, une « Indienne inconnue » et la raison unique pour laquelle j’avais été si surprise par les résultats de mon test ADNmt.

Copyright © Droits d’auteurs appartenant conjointement à Frank H. Pierce, III, et à Marie Rundquist - 2006

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Parties 1 - 3 Parution Juin 2007

 

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