Késsinnimek - Roots - Racines

Mon Petit Coin   by   Norm Léveillée



English translation

Catherine Tekakwitha
Une Vierge Iroquoise
Sa Naissance en 1656 et Sa Mort en 1680

Sa Naissance en 1656

Voici des extraits de l'oeuvre original du Père Lecompte, Une Vierge Iroquoise - Catherine Tekakwitha.

    ... On sait que le nom Iroquois leur fut donné par les Français, parce que ces sauvages terminaient tous leurs discours par le mot Hiro (j'ai dit), en ajoutant le mot Koué, cri de joie ou de tristessed, selon qu'il était prononcé long ou court. Eux-mêmes s'appelaient Hodenousaunee (peuple de la maison longue).

    Les Iroquois fins diplomates autant que guerriers indomptables, ambitieux, agressifs, patients et féroces, rêvaient d'anéantir leurs trois grands ennemis, les Hurons, les Algonquins et les Français. Ils réussirent singulièrement avec les deux premiers et mirent à deux doigts de sa perte la colonie naissante de la Nouvelle-France.

    Ils formaient une vaste confédération qui comprenait cinq nations ou tribus, situées entre la rivière Hudson et le lac Erié. Allant de l'Est à l'Ouest, on avait d'abord les Agniers, puis les Onneyouts, les Onnontagués, les Goyogouins et les Tsonnontouans.

    Le canton des Agniers se trouvait ainsi le plus rapproché de l'Huson, du lac George, du lac Champlain et du Richelieu (appelé d'abord rivière es Iroquois). C'est dans ce canton que naîtra Catherine Tekakwitha.

    ... Elle naquit en 1656, à Ossernenon, village agnier de la famille de la Tortue. Ce bourg était le plus rapproché de Fort Orange (Albany, NY). Il avait été témoin de la mort des confesseurs de la foi, Jogues, Goupil et La Lande. C'est de ce sol ainsi consacré par le sang des martyrs que l'on vit surgir, sur les bords de la Mohawk, le très pur lis, Catherine Tekakwitha.

    Certains historiens la font naître à Gandaouagué (au rapide) aujourd'hui Auriesville (NY), distant seulement d'un mille d'Ossernenon. Les deux villages ne sont, pour ainsi dire, qu'un seul et même entroit, et ils se prennent souvent l'un pour l'autre.

    Le père de Tekakwitha était un Iroquois païen, sa mère une Algonquine chrétienne. Celle-ci avait été instruite et baptisée dans la ville de Trois-Rivières. On admirait déjà sa vertu, lorsque, dans une incursion des Iroquois, elle tomba entre les mains d'un guerrier qui l'emmena captive. Elle sut gagner le coeur de son maître. Au lieu d'en faire la victime de sa cruauté ou de son libertinage, il la prit pour femme.

    Cette conduite n'était point rare chez les sauvages. Le vainqueur sauvait par là de l'infamie ou de la mort celle qui avait été l'objet de son choix. De ce jour, elle était incorporée à la nation et jouissait de tous les droits.

    ... Elle priait sans cesse. Ayant eu le bonheur de mettre au monde deux enfants, un garçon et une fille, son unique désir était de les faire baptiser. L'occasion ne se présenta point ...

    En effet, l'an 1660, le terrible fléau éclatait au pays des Agniers, courait le long de la Mohawk et se répandait au loin parmi les autres cantons ...

    La chrétienne ne put l'éviter. Elle se prépara à la mort par le regret de ses fautes et la soumission à la volonté de Dieu. Soumission méritoire, en présence des deux enfants qu'elle laissait orphelins. Car il semble que le père succomba lui-même au fléau.

    Les deux enfants furent frappés à leur tour. Catherine échappa à la mort, mais non pas son petit frère: ce qui la laissa seule en ce monde. Elle avait quatre ans.

    Elle portait les traces du terrible mal.

  -Son visage, dit le P. Chauchetière, qui estait bien fait auparavant, en fut tout gasté; il s'en fallut peu qu'elle ne perdi la veue.

    Ce dernier trait est capital dans la vie de Catherine Tekakwitha. Ses yeux ne pouvaient supporter la grande lumière du jour. Elle dut se réfugier dans la cabane sombre, et, lorsqu'elle sortait,

  -elle se tenait, ajoute le P. Chauchetière, en employant un mot qui s'est conservé parmi nous, toujours enveloppée en sa couverte
. De làa, par nécessité d'abord puis par goût, une vie abolument retirée, loin du bruit, loin des yeux, confinée aux travaux de l'intérieur ...

    Le nom de Tekakwitha lui fut donné. semble-t-il, vers ce temps-là. L'orthographe en a varié au cours des ans. Les premiers historiens, Cholenec et Chauchetière, écrivent Tegahouita, Charlevoix Tegahkouita, puis de fut Tehgakwita, Tekakouita, et enfin Tekakwitha. Sa signification n'est pas moins indécise: l'ancien missionaire de Caughnawaga, l'abbé Marcoux, l'interprète ainsi: "Celle qui met les choses en ordre;" d'autre part, l'érudit Sulpicien indianisant, l'abbé Cuoq, lui donne ce sens: "Celle qui s'avance, qui meut quelque chose devant elle." Comme une personne qui s'avance dans les ténèbres, les bras tendus en avant. Ce qui exprime bien la démarche hésitante de l'enfant, aux yeux si douloureusement affectés par la maladie.

    Un oncle de Tekakwitha, ancien capitaine, très considéré dans le village, la recueillit sous son toit. L'intérêt est rarement absent du coeur de l'homme, d'un sauvage surtout. L'oncle n'avait pas d'enfant. Il calcula que l'orpheline lui serait vite utile.    Une Vierge Iroquoise - Catherine Tekakwitha, Le Lis des Bords de la Mohawk et du St-Laurent (1656-1680)", par Le P. Édouard Lecompte, S.J., Montréal, Imprimerie Du Messager, 1930, Premières Partie, Chapitres Premier et Troisième, pp. 15-27.

Je ne vais pas continuer, dans cet article, les événements de sa vie à Caughnawaga (Fonda, NY), et puis à Kahanwaké (près de Montréal, Québec), car on a beaucoup écrit de sa vie. Mais je vais continuer mon article de ce qui s'est passé les jours du 16 au 18 avril 1680 dans la mission du Sault à Kahnawaké.

Derniers Moments et Mort en 1680

    ... Les derniers moments de la mourante sont racontés un peu différements par des deux biographes, les PP. Cholenec et Chauchetière, qui furent en différents temps, comme nous l'avons dit, ses confesseurs, et tous deux les témoins oculaires de sa sainte mort. Leurs récits se complètent. Nous les fondons ensemble.

    Le Mardi saint au matin, Catherine parut faiblir beaucoup. On lui annonça qu'elle n'avait plus longtemps à vivre. Elle en montra une très grande joie. Mais lorsqu'on ajouta que le corps de Notre-Seigneur allait lui être apporté en Viatique, son bonjeur fut au comble.

    Il existait alors à la mission une coutume bien étrange. On ne transportait jamais le saint Sacrement à la cabane des malades. Au lieu de cela, on étendait le malade sur une écorce et, au risque de la voir mourir en chemain, on le portait à l'église, où il recevait la sainte communion.

    Quand il fut question du Viatique pour Catherine, on hésitat: elle était certainement trop faible pour être transportée à l'église. Alors, romprait-on avec coutume, ou laisserait-on mourir la malade sans la suprême consolation du Viatique? Les Pères décidèrent de passer outre à la coutume, et tout le village les approuva: l'exception était justifiée à l'égard d'une si sainte personne.

    La malade ramassa tou ce qu'elle avait de forces pour recevoir dignement une dernière fois son Sauveur tant aimé. Un humble détail matériel l'inquiétait: elle confia à sa fidèle compagne que, dans sa pauvreté, elle n'avait rine pour se courir décemment. Aussitôt Marie-Thérèse lui apporta ce qu'il fallait.

    Mais le bruit s'était répandu dans le village que le saint Sacrament allait être porté à la cabane de Catherine Tekakwitha. Tout le monde voulut assister à cet événement extraordinaire. La foule accompagna le prêtre par respect pour Notre Seigneur et aussi, comme on se le disait les uns aux autres, pour voir mourir la sainte.

    Après l'absolution générale, elle reçut dans les sentiments de la plus ardente dévotion le "Viatique du Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ". Son action de grâces fut pour ainis dire une hymne de reconnaissance à Dieu, en repassant les principaux faits de sa vie, sur tout depuis son baptême et sa venue à la mission.

    Beaucoup de personnes voulaient se recommander à ses prières. Le P. Cholenec lui demanda de les recevoir de de leur dire quelques mots d'exhortation. Elle acquiesça aimablement. Et alors ce fut, tout le long du jour, un flux et reflux continuel de monde auprès de sa natte. Elle entremêlait cet exercice de chartié de fréquents actes d'amour de Dieu.

    Le soir venu, on s'apprêta à veiller la mourante pendant la nuit. C'était, d'après la coutume, la tâche des membres de la sainte Famille, deux par deux, ... Le missionaire choisit deux des plus ferventes associées de la sainte Famille ...

    Le lendemain était le Mercredi saint. C'était la veille des deux jours consacrés aux deux grands mystères de l'Eucharistie et de la Croix, les deux dévotions essentielles de la mourante.

    Ce devait être son dernier jour. L'un des missionaires en avait eu le pressentiment. Voici le témoignage explicite du P. Cholenec:

  -Certes je me souviens encore qu'à l'entrée de sa dernière maladie, plus de deux mois avant sa mort, un de nos Pères assura pour cette raison que Dieu la retirerait de ce monde ce jour-là même et qu'il n'en doutait nullement, pour aller célébrer au ciel ces deux grandes fêtes qui avaient fait sa principale dévotion sur la terre.

    Ce jour de sa mort, Catherine l'avait elle-même apparemment pressenti. La veille, après la réception du saint Viatique, on hâtait les préparatifs pour l'Extrême-Onction. Elle déclara au Père que rien ne pressait, qu'il pouvait attendre au lendemain. Il attendit. Le mercredi matin, elle reçut les suprêmes onctions avec une piété et une sérénité admirables.

    L'heure même de sa mort paraît avoir été parfaitement connue de notre bienheureuse.

    Il s'était formé, au sein même de la sainte Famille, "une petite société de dévotion" avec Catherine, qu'on appelait encore, dix ans plus tard, les "Soeurs de Catherine". En faisait partie la fervente Marie-Thérèse, qui avait eu, la veille, avec la malade, un long et précieux entretien.

    Elles voulaient toutes être présentes à la mort de leur "Soeur" ... ces personnes étaient obligées d'aller faire leur provision de bois pour les fêtes ... (Catherine) répondit aussitôt que ses soeurs pouvaient aller au bois, qu'elles en reviendraient à temps pour assister à sa mort ... Elle tint parole

    Voici comment le P. Cholenec termine cet épisode:

  -Elle attendit qu'elles fussent entrées dans sa cabane, et al merveille que je vis moi-même de mes yeux, c'est que la dernière ne fut pas plutôt arrivée, que les ayant toutes autour d'elle à genous, elle entra en agonie. Ainsi toutes eurent la consolation de la voir mourir, comme elles l'avaient souhaité et qu'elle le leur avait promis.

    Sur les trois heures donc, l'agonie commença, "agonie la plus douce du monde". Peu de temps après elle perdit la parole en prononçant les noms de Jésus et de Marie. (Jesos, Wari Ed.). Elle entendait encore fort bien, remarquent ses deux biographes, et avait sa pleine connaissance. Aussi la voyait-on s'efforcer pour faire au moins de coeur les actes qu'on lui suggérait.

Enfin, vers trois heures et demie, elle expira paisiblement,
comme si elle fût entrée dans un doux sommeil.
C'était le Mercredi saint, 17 avril 1680.
Catherine Tekakwitha était dans la vingt-quatrième année de son âge.

    Un quart d'heure après la mort de Catherine, un changement se produisit en elle qui jeta dans l'admiration les missionaires et tout le village.

    Le P. Cholenec va nous raconter lui-même ce fait extraordinaire.

  -Dès l'âge de quatre ans, Catherine avait eu le visage marqué de la petite vérole; ses infirmités et ses mortifications avaient encore contribué à défigurer. Mais ce visage si défait et si fort basané, changea tout d'un coup, environ un quart d'heure après sa mort. Et il devint en un moment si beau et si blanc, que m'en étant aperçu aussitôt (car j'étais en prière auprès d'elle), je fis un grand cri, tant je fus sais d'étonnement; et je fis appeler le Père qui travaillait au reposoir pour le Jeudi matin. Il y accourut et avec lui tous les sauvages, au bruit de ce prodige, que nous eûmes le loisir de contempler jusqu'à sa sépulture.

    Ce Père était le P. Chauchetière. Il ne fut pas moins émerveillé que son compagnon.

  -C'était, dit-il, un argument nouveau de crédibilité, dont Dieu favorisait les sauvages pour leur faire goûter la foi.

    Le P. Cholenec ajoute que le Jeudi matin, deux Français domiciliés à la Prairie de la Magdelaine, vinrent au Sault pour assister au service. Ils passèrent devant la cabane entr'ouverte de la défunte. La voyant étendue sur sa natte, avec un visage si beau et tout souriant, il se dirent l'un à l'autre:

  -Voilà une jeune femme qui dort bien paisiblement.

    Mais ayant appris, un moment après, que c'était Catherine elle-même, décédée la veille, ils retournèrent à la cabane, se mirent à genous et se recommandèrent à ses prières. Ils étaient tellement touchés de ce spectacle, qu'ils voulurent faire eux-mêmes, et sur le champ, le cercueil qui devait recueillir une si précieuse relique.

    Le P. Cholenec termine à bon droit son récit par cette réflexion:

  -J'avoue franchement que la première pensée qui me vint alors, fut que Catherine pouvait bien être emtrée en ce moment dans le ciel, et qu'elle faisait par avance rejaillir sur son corps virginal, un petit rayon de la gloire dont son âme venait de prendre possession dans la gloire.

    Qui n'entrerait dans ce sentiment, au souvenir des vertus de notre sainte?

    Le lis très pur s'était incliné un instant, sous le souffle de la mort. L'instant d'après, sous le souffle de l'Esprit divin, il se relevait dans toute sa beauté; plus beau même, plus parfumé que jamais: indice de la magnificence que le ciel lui prodiguait déjà dans ses parvis éternels.    Op. cit., Deuxième Partie, Chapitre Neuvième, pp. 199-207.

J'ai continué la série de mes articles au sujet de la Bienheureuse Kateri Tekakwitha enfin de réaliser ma promesse de répandre la connaissance de et la dévotion à ma cousine, promesse faite en juillet 2000 et refaite en juillet 2004. Il y aura d'autres articles à ce sujet pendant les parutions qui suivront.

English translation

Késsinnimek - Roots - Racines
Copyright © 2003 & 2004 Norm Léveillée
Tous droits réservés
Created 1 Feb 2003