![]()
Késsinnimek - Roots - Racines
Mon Petit Coin by Norm Léveillée
Avec la collaboration de Dolorès Robillard Benoit
English version
Il y a plusieurs oeuvres écrites au sujet de Katéri Tekakwitha. On l'avait surnommée "le Lys des Agniers" parcequ'elle était membre du Clan de la Torture de la tribu des Agniers (Mohawks) de la nation Iroquoise. Une grande bibliographie insiste sur sa filiation agnière, mais, nous retrouvons peu d'écrits sur sa mère algonquine qui fut elle aussi baptisée dans la religion catholique. La plupart des prières à Katéri ne mentionnent pas l'influence chrétienne algonquinne. Fleur-de-la-Prairie
La mère algonquine de la Bienheureuse Katéri TekakwithaJe suis persuadé que la grande spiritualité de Tekakwitha est dûe d'abord à l'influence de la foi catholique de sa mère et ce, dès les quatre premières années de vie de Tekakwitha. Quel enfant de trois ou quatre ans qui voit régulièrement sa mère à genoux et en prières ne lui demanderait pas ce qu'elle fait ainsi à genoux? Je suis certain que la petite Kateri a, sans doute, demandé à sa mère ce qu'elle faisait là. Sinon, comment alors expliquer que Katéri ne fusse pas entièrement influencée par les coutumes agnières de cette époque, c'est à dire un mariage avec un garçon de son clan pour ensuite devenir une épouse fidèle et dévouée. Il est vrai que la vie mystique de Katéri lui fut en premier lieu insufflée par le Grand Esprit et plus tard enrichie et complétée par les Robes-Noires. Vers la fin de sa vie, elle a vécu dans le village catholique des Agniers, a fait sa première communion et finalement est morte là, à Kahnawaké.
Je demande donc au lecteur de lire attentivement le texte suivant et décider ensuite par lui-même si mes avancés ont une certaine crédibilité.
Sa mère fut souvent nommée par d'autres auteurs Kahenta ou Kahontáke (Prairie). Moi, je préfère Fleur-de-la-Prairie du livre La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha1 par Juliette Laverne. Les auteurs contemporains de Tekakwitha, les Jésuites Claude Chauchetière et Pierre Cholenec ont écrit un petit mot sur la mère algonquine de Tekakwitha. Le Père Cholence dans la Préface et Livre Un de La vie de Catherine Tegakouita, Première Vierge Irokoise,2 a écrit:
...sa mère qui était Algonquine de nation, avait été baptisée et élevée parmi les Français, dans la ville des Trois-Rivières; elle y fut prise par les Irokois qui nous faisaient alors la guerre, et qui l'emmenèrent esclave dans leur pays; elley eu la vie, et peu de temps après elle fut mariée à un sauvage de la même nation dont elle eut deux enfants, un garçon et une fille qui est notre Catherine.On rapporte de cette vertueuse femme comme autrefois du St homme Tobie, qu'elle conserva sa foie et la crainte de Dieu dans la captivité, qu'elle pria toujours jusqu'au dernier soupir de sa vie, mais elle n'eut ni le temps ni la consolation d'inspirer ses bons sentiments à ses deux enfants; et si elle avait eu la joie de les mettre au monde elle eut le regret d'en sortir elle-même sans avoir pu les faire baptiser, qui était son unique désir.
La petite vérole s'étant glissée parmi les Irokois et y ayant fait de grans ravages, elle fut enveloppée dans le malheur commun, laissant ses enfants en gas âge et incapables encore de se conduire: Elle pria celui qui en avait été le Créateur, de vouloir bien en être aussi le Père et de les prendre sous sa divine protection. Nous verrons dans la suite que Dieu exauça une si juste prière dans la personne de notre Catherine; car pour son frère, il fut enlevé dans la même maladie peu de temps après mère. Catherine en fut aussi attaqué, mais le Seigneur, qui l'avait choisi pour être un jour son épouse et pour fair éclater en elle les merveilles de sa grâce, la délivra de ce danger ...
Selon l'extrait que je viens de citer, sa mère, qui était Algonquine de nation, avait été baptisée et élevée parmi les Français, dans la ville des Trois-Rivières;. On peut affirmer qu'elle faisait partie de la Bande Algonquine Weskarini du Chef Carolus Pachirini. 3. La plupart des indiens de cette bande algonquine ont été baptisés à Montréal, et les autres aux Trois-Rivières. Ils se sont séparés des autres algonquins qui sont montés s'installer vers la Rivière Ottawa. La bande de Pachiniri, les Weskarini, a décidé de bâtir leur village aux Trois-Rivières, près du fort français. C'était une époque de guerre entre les Iroquois et les Algonquins. Quand l'ennemi venait attaquer le village, les femmes et les enfants pouvaient alors s'enfuir dans le fort pendant que les braves et les soldats combattaient l'ennemi.
Lors d'une attaque inattendue, aux environs de 1652-1653, les Agniers ont capturé plusiers algonquines et enfants. Ils ont aussi massacré plusieurs braves de même que des soldats qui défendaient le fort et le village indien des Weskarini, comme je l'ai mentionné dans
Une Litanie à Ma Cousine
et
Marie Mite8ameg8k8e Couc
La huitième arrière-grand'mère de cet auteur.
Parmi ceux qui furent massacrés, il y avait Asababich, le mari de Mite8ameg8k8e et parmi ceux capturés par les Agniers, les deux enfants de Asababich et Mite8ameg8k8e ainsi que plusieurs indiennes et parmi elles, celle qui deviendra un jour la mère de Tekakwitha. La Vie Gracieuse de Catherine Tekakwitha1 de Juliette Lavergne est, selon moi, le livre qui décrit le mieux et de façon la plus exacte la vie de Fleur-de-la-Prairie. Pour ma part, je vais, soit résumer ou traduire certains extraits de ce beau document, en utilisant la belle langue française descriptive, dont s'est servi Juliette Lavergne, dans l'écriture de ce que je considère un petit chef-d'oeuvre.Prologue
Fleur-de-la-Prairie
Chapitre I - Les Fiançailes de l'Algonquine
Une immense lueur d'incendie empourpra la forêt. Des clameurs de rage et de désespoir jaillirent de toutes parts puis se fondirent en de lugubres échos.Cette scène se passait près de l'endroit où nous admirons aujourd'hui la jolie ville des Trois-Rivières.
Un parti d'Iroquois voulant venger la mort de l'un des siens venait de terminer sa triste expédition. Beaucoup plus nombreaux que les Algonquins de la tribu vaincue, tombant à l'improviste sur un groupement paisible et sans défiance, ils avaient eu la partie belle et la victoire facile.
Maintenant, ils s'éloignaient traînant à leur suite quelques captifs ménagés à dessein pour les tortures et la mort, cruelle entre toutes, réservée aux vaincus. C'était là une jouissance toujours nouvelle pour le parti vainqueur.
Les cris de guerre se perdaient au loin peu à peu. Le crépitement des flammes se faissit plus lent. Les plaintes des mourant avaient cessé. La nuit était venue ensevelissant dans l'ombre et l'absolu silence la pauvre bourgade, morte elle aussi comme ses habitants de ce matin.
Une lune claire dans l'air limpide et froid vint jeter sur les décombres un reflect argenté. Sur ce fond de lumineuse blancheur une silhouette vigoureuse se dress soudain. C'était un jeune chef sauvage. Un diadème orné de plumes multicolores encerclait sa tête. De nombreuses chevelures pendaient comme des loques sanglantes autour de sa taille nue. Croisant les bras il regarda pensif le lugubre spectacle offert à sa vue. On aurait dit une superbe statue de bronze tant étaient grandes l'impassibilité et l'immobilité de l'Indien. Puis d'un geste lent il reprit sa hache et son tomahawk. Avec une souplesse féline il se glissa sans bruit à travers les décombres jusqu'à un endroit où quelques corps mutilés gisaient... Sans doute ceux-ci l'intéressaient d'une façon particulière car se penchant avec prudence, il les examina attentivement. Tout à coup il se releva avec un sourir satisfait; sa vengeance était là... Un autre l'avait tué, il est vrai, mais peu importait en somme puisque l'ennemi était massacré... La rancune satisfiate, la haine triomphante...
Un faible gémissement le tira brusquement de son orgueilleuse rêverie. Le chef se retourna étonné. Une femme, une jeune fille plutôt, venait de se glisser près du cadavre. Elle pleurait, enlaçant le mort qui lui était cher. Insensible à toute autre chose que sa douleur, elle semblait ignorer la dangereuse présence de l'Iroquois.
Le chef regarda cette femme avec une indicible surprise et puis ensuite à nouveau le cadacre mutilé... La jeune fille, fot belle, ne lui était pas inconnue. Déjà il l'avait vue au hasard d'expéditions de chasse ou de guerre. Il en avait gardé un souvenir charmé. Il venait de découvrir --- et avec quel saisissement --- le lien de parenté qui unissait sans aucun doute possible cet homme mort et cette femme en larmes. Ils étaient frère et soeur.
L'Indien avait gardé son impassibilité apparente. Hésitant et troublé au fond, il regardait la scène douloureuse... Un sentiment ignoré jusque là émouvait son coeur d'acier. Il se rapprocha sans bruit et saisissait le bras de l'Algonquine, il la releva doucement.
---Viens, dit-il, je suis le Cerf. Il te faut me suivre. Tu m'appartiens. Viens.
La sauvagesse leva sur lui de grands yeux noyés de larmes:Je n'avais plus que lui et les tiens l'ont tué!Et ceux de ta race, répliqua avec amertume le Cerf, ont massacré le grand chef, mon père!... Allons, viens, tu vois que tu es seule ici, tu m'appartiens.
Elle eut un frémissement de crainte et d'horreur!
Tue-moi, chef, je ne veux point te servir!Étonné de plus en plus, l'Indien regardait cette belle jeune fille qui osait traiter d'égal à égal avec lui, le vainqueur.
Certes, il y avait matière à le déconcerter. Les Indiennes étaient très fières et très courageuses. Le Cerf connaissait l'habituelle résistance des captives, leurs coups d'ongles et de dents au visage de leur futur maître. Cette fois, on parlementait, on traitait de haut un chef, un vainqueur et c'était une toute jeune fille, seule à sa merci, qui osait agir de la sorte. Le fait était nouveau.
Le Cerf fixa longuement sur l'Algonquine son regard profond. Il y avait de la curiosité et une sorte d'émotion dans ce regard. Non, cette femme ne serait pas l'humble esclave durement traitée par son ravisseur. Elle serait sa compagne. Elle aurait droit aux privilèges des épouses iroquoises. Sa femme? Il avait le pouvoir de l'exiger. Qu'est-ce alors, qui empêchait l'Indien de bondir sur sa proie, de l'entraîner malgré ses cris, de la tuer si elle lui résistait?
À son tour, surprise de ce long silence l'Algonquine leva les yeux.
Sans doute, devina-t-elle un peu ce qui se passait dans l'âme du farouche guerrier ca lorsque froidement, mais sans dureté il lui répéta l'ordre de le suivre, elle obéit après avoir une dernière fois étreint, en sanglotant, le corps de son malheureux frère.
Quelques jours après, le Cerf arrivait chez lui, suiva de sa captive.
Avec orgueil il montra aux jeunes de la tribu les sanglants trophées de sa victoire. Aux anciens, gravement assis autour du feu, il narra ses exploits d'un ton modeste. Tel était le caractère d'un chef jeune et valeureux: s'exaltant devant ses égaux, intraitable avec l'ennemi, humble et déférent aurpès des Anciens.
La nuit venait. L'Algonquine, agenouillée devant la cabane du Cerf, priait.
Pendant le voyage elle n'avait que rarement adressé la parole à son compagnon.
Perdue dans sa rêverie douloureuse, sans doute oubliait-elle la tristesse de son propre sort, en évoquant les scènes d'horreur qu'elle venait de vivre.
Or, en retrant le Cerf la vit agenouillée.
Que fais-tu là? demanda-t-il ne comprenant rien à ce geste étrange. N'as-tu pas apprêté le repas du soir?Toute la fierté de la belle race algonquine éclata dans le regard de la jeune fille:
Chef, dit-elle, j'ai prié le Grand-Esprit car je suis chrétienne et j'ai écouté la Robe-Noire. Mon frère peut me tuer s'il le veut, je ne serai point son esclave et ne servirai pas comme d'autres captives le font... Le Cerf a compris?Ma soeur peut être tranquille, si elle le veut, elle ne sera point mon esclave mais ma femme.Alors, sans un mot, l'Indienne entra dans la cabane.
Près de l'entrée le Cerf fumait distraitement, le regard perdu au loin. Que se passait-il dans l'âme de ce primitif? Ces enfants des bois, aux dires des missionnaires, étaient capables de haïr avec une férocité inouïe et cependant ils trouvaient en eux des réserves étonnantes d'amour et de dévouement.
Des sentiments étanges envahissaient l'âme du chef inroquois. Il songeait à des choses nouvelles. Cette jeune fille qui tantôt allair devenir sa compagne de vie, cette jeune fille avait une noblesse d'attitude, une fierté de paroles qui allait bien à sa propre nature à lui. Mais qu'est-ce qui inspirait à l'Algonquine une conduite si différente de celle des autres Indiennes? Étaient-ce les paroles de ces extraordinaires Robes-Noires qui influençaient ainsi celles qui les écoutaient?
Lorsque, un à un, les feux de chaque cabane furent éteints, lorsque le grand silence et l'ombre de la nuit enveloppèrent de calme et de mystère la bourgade endormie, à son tour, le Cerf pénétra dans la cabane.
![]()
Alors, la jeune fille vint à lui et lui offrit la sagamité. C'était un mets fort apprécié des sauvages et l'une des choses que les futures épouses donnaient à leur compagnon de demain...
Ensemble ils prirent le repas du soir et c'est ainsi que se passa la veillée des fiançailles de l'Algonquine chrétienne et du chef iroquois, le Cerf, guerrier réputé déjà parme les siens.
Chapitre II - Bonheur et Nostalige.
Trois saisons étaient passées depuis les évènements dont nous venons de parler.Le Cerf habitait une cabane construite d'après le modèle ordinaire des habitations indiennes, le plus souvent sises au centre de vastes clairières. Là se posait pour un temps limité un groupement de quelques famillies ou la tribu entière. Car les sauvages, ces grands enfants jamais apaisés, toujours en quête de nouvelles aventures, prouesses de chasseurs ou de guerriers, ne se pliaient pas à la paisible existence d'une bourgade fixe.
Les cabanes se transportaient d'un endroit à l'autre au gré de leurs capricieux habitants ou, tout simplement abandonnées4, étaient au loin remplacées par d'autres aussi rapidement construites et également rudimentaires.
La cabane occupée par le Cerf était la plus rapprochée de la forêt, dont le jeune chef recherchait avec plaisir le voisinage.
Dans les bois touffus et mystérieux, l'Indien trouvait l'ombre et la grande tranquilité de l'absolue solitude, le gibier au besoin, l'appel du lointain, parfois des rencontres imprévues et sanglantes mais aussi des retours triomphant et le plaisir, cher entre tous, de suspendre, devant sa cabane, les chevelures fraîchement couplées des vaincus.
Toutes ces choses se trouvaient dans l'immense, inquiétante et pourtant si attirante forêt d'Amérique! Et de ces choses le Cerf composait son entourage et sa vie. Mais depuis son mariage il aimait aussi et peut-être au-dessus de tout, Fleur-de-la-Prairie.
L'Algonquine, de son côté, s'attachait à celui qui la traitait comme une épouse chère.
Le Cerf était l'un de ces jeunes Indiens remplis de courage et d'audace, d'une intelligence remarquable, comme souvent les missionnaires du temps témoignent d'en avoir rencontrés. Les Anciens fondaient sur lui de grandes espérances. Jalousé en secret par ceux de son âge, hautement estimé par ses aînés, craint mais très recherché et fort admiré par les plus jeunes de la tribu, il semblait assez indifférent à l'opinion de son entourage. Cependant, sous ce masque d'impassibilité, dans cette enveloppe de bronze frémissait une âme inquiète, un coeur ardent et loyal. Quelque chose de très noble relevait ce caractère d'ambitieux. Une certaine bonté tempérait la violence de ce tempérament sauvage, nous l'avons pu constater déjà, du reste, au début de cette histoire.
Depuis que le Cerf vivait auprès de sa captive d'hier, un monde de sentiments nouveaux agitait son âme. Inconsciemment l'Indien admirait l'Algonquine chrétienne. Capable de haïr sans trouble, de massacrer sans pitié, il comprenait avec étonnement qu'il pouvait protéger, condescendre et beaucoup aimer.
Voilà ce à quoi il songeait, un jour froid et lumineux d'hiver, alors que, assis auprès du feu, il suivait du regard Fleur-de-la-Prairie, qui de son pas souple et léger, allait et venait dans la cabane, vaquant aux occupations habituelles aux femmes indiennes.
Volontiers silencieuse, parfois pensive, quelquefois souriante, lorsque son regard rencontrait celui du chef, regard toujours posé sur elle avec complaisance --- elle le savait --- elle était triste souvent. La jeune femme sentait bien l'affection profonde que lui portait le Cerf. Elle lui était reconnaissante de sa façon de procéder avec elle, étrangère, fille d'une nation ennemie...
Mais la pauvre Algonquine regrettait encore sa jolie bourgade, sa belle et majesteuse forêt à elle, l'eau immense et fougueuse qui chantait et bondissait auprès de sa cabane. Elle pleurait, en secret, les siens massacrés, sa vaillante tribu humiliée et vaincue.
Un mal mystérieux semblait peu à peu s'attaquer à la vaillance de la fille des bois. Une ombre de mélancolie et de fatigue cernait les beaux yeux de Fleur-de-la-Prairie. Elle semblait plus lointaine, sa démarche était moins vive, elle ne recherchait plus la société joyeuse des jeunes femmes de la tribu.
Chapitre III - Un Rival Dangereux
Le temps des grandes chasses approchant --- c'est-à-dire vers la fin de décembre --- la bourgade entière entrait en pleine activité. Les femmes, la plupart devant suivre leurs pères ou leurs maris, s'empressaient autour des cabanes, entassant joyeusement les menus objets et les vêtements nécessaires pendant ces longues expéditions.Les chefs, les jeunes, souriaient volontiers en écoutant le bavardage de leurs compagnes.
Ils se félicitaient les uns les autes de leurs succès passés, escomptant pour l'avenir les joies et la fierté de retour heureux, les bras lourdement chargés de pelleteries, le dos se courbant sous le poids de givbers rares et recherchés.
Avec une condescendance respecteuse ils écoutaient les Anciens donnant leurs avis avec gravité au sujet des armes à prendre en telles ou telles circonstances ou encore indiquant les meilleures routes à suivre, les dangers à éviter... Bref, la plus grande et la pus agréable animation régnait dans ce groupement d'Indiens unis par les mêmes intérêts et partageant les mêmes goûts aventureux.
Parmi les jeunes chefs, le Cerf et l'Aile-de-Courbeau étaient assurément les plus valeureux. Personne ne les surpassait en audace. Leur extrème habileté faisait l'admiration de tous. Ils étaient l'orgueil et l'espoir de la tribu.
Longtemps, le Cerf et l'Aile-de-Corbeau furent amis. Ils étaient sincères. Ensemble, ils connurent les revers et les succès; ils partagèrent les mêmes dangers et les mêmes fatigues aussi bien que le butin de guerre ou les produits des chasses heureuses. Ils semblaient devoir suivre la plus brillante carrière en parfaite harmonie.
Cependant ils se prirent de querelle, un jour, à propos d'une vente de pelleteries.
Le Cerf reprocha, non sans raison, à l'Aile-de-Courbeau ses procédés malhonnêtes. Furieux de se voir démasqué, et du reste, depuis quelque temps, un peu envieux de la popularité croissante de son ami, Aile-de-Courbeau jura de se venger et de faire payer au Cerf l'humiliation qu'il venait de lui infliger.
Le Cerf ne parut accorder aucune importance aux menaces de son rival. Et de son côté, l'Aile-de-Corbeau continua à vivre, comme par le passé, auprès du Cerf, quand les circonstances l'exigeaient, sans manifester la moindre contrariété. La menace ne franchit plus ses lèvres. La haine semblait s'éteindre dans le coeur des deux Indiens. Mais, le Cerf se méfait. Est-ce que la haine, en effet, n'est point parfois comme la flamme qui sommeille sous la cendre?
La vengeance est douce au coeur du Peau-Rouge! La rancune --- celle qui ne pardonne jamais --- est comme une sorte de feu sacré que l'enfant de la forêt ne doit pas laisser éteindre. Pour attiser la flamme et l'embêcher de mourir, il a ses souvenirs... L'Indien ne sait pas oublier.
À plusieurs reprises, Fleur-de-la-Prairie surprit le regard de l'Aile-de-Corbeau posé avec mépris sur le Cerf. Elle observa la conduite des deux jeunes gens et comprit vite que si l'insouciance de son époux était sincère, le danger pour lui n'en était que plus réel. Avec la finesse habituelle aux femmes indiennces, elle sentait l'animosité grandissante et capable de tout de la part d'un orgueilleux et d'un ambitieux comme l'était l'Aile-de-Corbeau.
L'Algonquine avait peur pour celui qu'elle aimait. Mais elle détestait aussi le chef fourbe et brutal... Elle résolut de faire part de ses craintes au Cerf et surtout de veiller... Car Fleur-de-la-Prairie savait bien que son mari hausserait les épaules avec insouciance et braverait tous les dangers avec une hautaine désinvolture!
Veiller?... Mais comment? Que pouvait la pauvre petite Indienne contre un ennemi d'autant plus dangereux qu'il était plus fourbe, plus rusé?
Chrétienne, Fleur-de-la-Prairie demanda avec toute la confiance de son âme candide l'aide du Grand-Esprit. Puis, courageuse et tenance, avec d'infinies précautions, elle se mit à surveiller les allées et venues de l'Aile-de-Courbeau.
Les Chapitres IV, V & VI du Prologue se trouvent dans l'article suivant...
![]()
Le but de mon article était de donner au lecteur un avant-goût de la vie de l'Algonquine chrétienne, la mère de Tekakwitha. J'espère que ce que j'ai choisi de traduire ou de récapituler peut expliquer au lecteur comment les premières années de la vie de notre Bienheureuse Katéri Tekakwitha ont été fort influencées par la foi, l'espoir et la charité de l'Algonquine chrétienne Fleur-de-la-Prairie.
References:
(1)La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha, Juliette Lavergne, Éditions A.C.F., Montréal, 1934, pp. 13-43.
(2) La Vie de Catherine Tegakouita, Première Vierge Irokoise, p. 1. Présentée dans la traduction du Père William Lonc, S.J., publiée par Steve Catlin, Hamilton, Ontario, 2002.
(3) Voir mon site web Sachem Carolus Pachirini.
(4) Après avoir épuisé les ressources de la fôret et du terrain, les autochtones ont déménagé leur village à un entroit, à une distance de quelques milles ou kilomètres où il y avait une quantité de gibiers et de plantes. (A noter)
Ktsi Oléoneh - Merci bien, chère cousine Dolorès!
Index of Articles
Késsinnimek - Roots - Racines
Copyright © 2003 & 2004 & 2005 Norm Léveillée
Tous droits réservés
Created 1 Feb 2003