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Mon Petit Coin   par   Norm Léveillée


English version

La Bienheureuse Katéri Tekakwitha

Dans la parution de janvier 2005, j'ai présenté une théorie que notre Tekakwitha a été fort influencée par sa mère catholique chrétienne, par ses actes, ses mots et ses prières au Grand-Esprit. Donc, dans les chapitres suivants, je vais noter les références en lettres en grasse de l'influence de Fleur-de-la-Prairie.

Je demande qu'on ajoute à ses prières "Fleur des Algonquins" et non plus seulement "Lis des Agniers/Mohawks". C'était sa mère Algonquine qui a mis la graine d'une vie chrétienne dans l'âme de sa petite fille au moment où une personne est la plus influencée: son enfance. Et le Grand Esprit a permis que cette graine pousse à maturité dans la petite fille de Fleur-de-la-Prairie.

Les indiens de son village à Caughnawaga a persécuté son esprit, et même parfois son corps pendant son enfance. Les Agniers ne l' ont pas beaucoup influencée au catholicism, au christianisme sauf au moment de son baptême comme une adulte, and sa fuite au Village Priant à Kahnawaké. Là, les Agniers l'ont reçue comme une soeur and lui a offert un milieu où elle a pu agrandir sa spiritualité. Mais, elle aurait pu faire cela dans n'importe quel village chrétien.

Bienheureuse Katéri Tekakwitha
Fleur des Algonquins
Lis des Agniers/Mohawks
Prie pour nous

Je vais continuer une série d'articles dédiée à ma cousine, la Bienheureuse Katéri Tekakwitha, en français en utilisant l'oeuvre de Juliette Lavergne, La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha1, et une traduction en anglais. Juliette Lavergne a, sans doute, vécu parmi les autochtones ou les métis au Québec parce qu'elle écrit avec âme indienne. Pour la parution de février 2005, je vais transcrire quelques chapitres, de la Première partie, de son chef-d'oeuvre, qui décrivent la jeunesse de notre Algonquine-Agnière après la mort de ses parents et de son petit frère causée par la petite vérole. Je vais aussi résumer d'autres chapitres qui font partie de sa jeunesse. Je continuerai cette série aux mois prochains.

Première Partie - Tekakwitha chez les Mohawks

Chapitre I "Seule...!"

De longues heures s'étaient écoulées depuis les tragiques événements racontés au chapitre précédent. La pauvre petite Indienne était toujours seule auprès des deux cadavres. Longtemps elle avait pleuré, essayant d'éveiller sa maman si profondément endormie. En vain elle avait appelé son père, le grand chef aussi tendre avec son enfant que terrible envers ses ennemis. Mais le Cerf et sa vaillante compagne avaient toujours le même étrange sommeil. Rien ne changeait en leur attitude rigide... Alors une sorte de stupeur, une angoise sans nom accablèrent l'enfant. Merveilleusement intelligente, elle n'avait que quatre ans cependant, elle compri le grand mystère de ce sommeil sans réveil... Se souvenant de ce que lui avait dit sa maman de l'au-delà où s'en vont ceux qui ne vivent plus sur la terre, elle joignit ses pauvres petites mains brûlantes de fièvre en levant ses yeux baignés de larmes du côté du ciel rayonnant d'étoiles. Puis n'en pouvant plus de chagrin et de fatigue, elle finit par s'endormir, la tête appuyée sur celle de Fleur-de-la-Prairie. (L'accent mis par le rédacteur. NAL)

Elle s'éveilla aux premières leueurs de l'aube. On allait et venait, on parlait autour d'elle. L'enfant était maintenant trop souffrante et trop faible pour s'agiter ou crier. Elle regardait vaguement les quelques personnes qui venaient d'entrer dans la cabane. Trois ou quatre femmes s'empressaient avec larmes et grands gestes auprès de Fleur-de-la-Prairie.

Sans doute procédaient-elles à la dernière toilette de la jeune femme. En effet, suivant la coutume indienne, elles enduisaient d'une substance grasse le visage et les longs cheveux de l'Algonquine. Elles la parèrent ensuite de colliers et de bracelets muliticolores. Enfin, elles enveloppèrent le corps dans une peau de bête soigneusement préparée à cet effet.

Pendant ce temps, un petit groupe d'Indiens échangeaient à voix basse leurs impressions auprès de la couche funèbre du Cerf.

Ils semblaient vivement affectés. Certes, la mort avait déjà creusé des vides profonds dans leurs rangs valeureux. Mais qui donc pourrait jamais remplacer un chef aussi habile, aussi audacieux que le Cerf dont le renom de bravoure s'étendait même jusqu'aux tribus les plus éloignés de la leur...?

Tandis que les éloges les plus sincères tombaient comme de lentes et mélancoliques litanies de lèvres quasi fraternelles, seul, un homme avait gardé le silence. D'une stature imposante, l'air impassible, il regardait sans un mot, sans un mouvement, le visage redevenu calme et beau du jeune guerrier... Autour de cet homme si absorbé dans sa contemplation, on semblait vouloir respecter une grande douleur muette et hautainement dissumulée à la façon indienne. En effet, la douleur qu'éprouvait le silencieux visiteur était profonde, et il se résignait mal à voir s'en aller avec le jeune chef tous ses espoirs et sa fierté, la grande affection de sa vie... Un faible gémissement l'arracha à sa rêverie douloureuse. D'un geste impérieux, il fit signe d'enlever les cadavres et désigna l'endroit où, dans la forêt, allaient reposer à jamais le Cerf et sa douce compagne, Fleur-de-la-Prairie.

Puis, sans se retourner, il sortit emportant dans ses bras la petite orpheline toute grelottante sous sa couverte.

C'était l'oncle du Cerf, qui, sans autre formalité, adoptait l'orpheline.

Chapitre II "Une Vie Nouvelle"

Cet homme, très considéré dans la tribu, répondait au surnom de Grand-Loup. Coureur infatigable, d'une vivacité et d'une légèreté incroyables à la course, il avait gardé dans un âge assez avancé ses dons de chasseur et de guerrier invincible. Il n'avait point d'enfant. Aussi était-il doublement attaché à son neveu, lequel s'était toujours montré attentionné et déférent envers lui. Deux raisons le portèrent à prendre chez lui la fille du Cerf; l'affection pour celui-ci d'abord, l'intérêt ensuite. Car, il faut bien l'avouer, l'absolu désintéressement est chose fort rare... et nos frères indiens ne nous étaient point supérieurs en cela... Une fille était fort appréciée chez les Iroquois. "Les femmes et les filles, écrit l'un des biographes de Tekakwitha (Le Père Lecompte, s.j.), sont les plus grandes ressources d'une famille indienne. A elles, toute la sollicitude des soins domestiques, les travaux les plus pénibles. La part de l'homme, c'est la guerre, la chasse ou la pêche. Le reste du temps, il le passe à fumer, causer avec les amis, à jouer, boire, manger et dormir". Les femmes ont donc fort à faire, car, à part les besognes domestiques, elles doivent s'acquitter de tâches assez pénibles. Elles vont même souvent chercher les bêtes tuées par leur père, frère ou mari. Elles les traînent si elles sont trop lourdes, les chargent sur leurs épaules si elles sont légères. Ensuite, elles les dépoullent de leur peau, qu'elles apprêtent pour la vente. Elles font cuire les viandes et font encore avec les os de menus objets d'ornement ou d'utilité.

En outre, contrairement aux usages chez les blancs, c'est le mari indien qui suit la femme dans sa famille, et non pas l'épouse chez l'époux.

Le mariage, dit l'auteur cité plus haut, est tout au profit de la famille de l'épouse. C'est un chasseur et un guerrier de plus qui arrive. Les parents âgés le regardent, avec raison, comme une ressource assurée pour leurs vieux jours et, s'il est brave guerrier, comme un reflect de gloire sur leur famille.

Pour toutes ces considérations la petite fille fut donc bien accueillie par ses deux tantes, les deux soeurs, dont l'une était la femme du Grand-Loup.

On soigna bien l'enfant et lorsque vint le printemps la convalescente put sortir de la cabane, revoir la forêt américaine et les beaux arbres bourgeonnants. Avec gentillesse les petites voisines invitèrent la nouvelle arrivée à se joindre à elles pour chanter et jouer. Celle-ci accepta avec plaisir, car elle était fort aimable et rieuse. Mais elle supportait difficilement la lumière du jour; elle restait frêle et toute frileuse. Un jour, l'une des petites Indiennes lui dit en riant:

---Mets bien ta couverte sur tes yeux; sans cela tu vas te faire prendre au jeu comme l'on prend un hibou au soleil!

Malice à part, l'idée sembla bonne à l'enfant, car on ne la vit plus guère sans sa couverte, ouvrage bien soigneusement fait par Fleur-de-la-Prairie pour sa chère petite fille.

Et les jours passaient, et notre héroine grandissait, intelligente et vive, habile dans tous les genres de travaux manuels exécutés habituellement par les femmes indiennes. Cependant elle était de santé délicate encore, et sa vue basse lui donnait une démarche un peu hésitante. On l'appela dès ce moments Tekakwitha ou Tegakouita, ce qui veut dire en langue iroquoise: "celle qui s'avance cherchant devant elle". Elle garda ce nom jusqu'à son baptême, ce qui arriva beaucoup plus tard.

Chose bien rare chez les sauvages, Tekakwitha aimait s'isoler, demeurer de longues heures dans la cabane. Là, elle travaillait, et ses ouvrages faisaient l'admiration de ses tantes. Elle chantait, et l'on s'arrêtait volontiers pour écouter la jolie voix douce; mais l'on ne comprenait guère les mots des étranges chansons de la fillette. C'est que celle-ci avait gardé le souvenir de quelques cantiques chantés par Fleur-de-la-Prairie... Dieu permettait que ces choses reviennent à la mémoire de Tekakwitha. (Réd)

Elle prit l'habitude de penser longuement à sa vie d'autrefois, auprès de sa chère maman... Peu à peu, elle retrouva d'autres précieux souvenirs. Si bien que seule, sans missionaire auprès d'elle, sans aucun guide pour lui apprendre les choses sacrées, l'enfant, d'elle-même, priait, aimait, réfléchissait... Elle était chrétienne fervent bien avant que l'eau du baptême eût coulé sur son front. (Réd.)

---Mais que fais-tu donc là en la cabane, Tekakwitha? demandaient parfois les tantes, ne comprenant rien à ces goûts de solitude et de silence chez une fille indienne.

A quoi celle-ci répondait fort gracieusement:

---Je travaile et mon esprit voit de belles choses. Ma mère désire-t-elle que je vienne?

Car elle obéissait toujours avec grâce et empressement. Mais comme l'ouvrage se faisait d'admirable façon dans la cabane et que cela simplifiat et écoutait beaucoup la besogne des tantes... on la laissait agir à son gré... et très volontiers.

Et c'est ainsi que Dieu très grand des Robes-Noires s'inclinait vers l'enfant des bois, parlait Lui-même à son coeur et la préparait à devenir l'exquise Fleur de la Mohawk, l'admirable petite Iroquoise dont la vie est étudiée en ce moment à Rome en vue d'une béatification sans doute prochaine. (1935, Réd.)

Chapitre III "Un Complot">

Suivant une coutume assez curieuse en pays iroquois, lorsque Tekakwitha eut atteint sa huitième année, on la fiança à un petit garçon de son âge. Elle ne comprit pas grand'chose à ces fiançailles étranges. Elle crut, ainsi du reste que son jeune compagnon, qu'il s'agissait là d'une sorte de jeu bizarre. Elle continue sa vie de fillette comme si rien ne l'engageait désormais à une vie nouvelle. Et les années passèrent. La petite promise sans le savoir avait entendu parler des captifs algonquins ou hurons amenés dans la tribu par des guerriers iroquois. Ceux-ci, chrétiens, avaient volontiers éclairé l'enfant sur beaucoup de choses. Si bien qu'elle ne rêvait plus que vie toute consacrée à la prière, au travail, à la solitude. Elle se promit de refuser les offres de mariage qu'on lui proposerait.

Mais les tantes avaient beaucoup causé avec les parentes, les amies, les voisines. On vantait l'esprit de travail, la grâce, l'humeur complaisante de Tekakwitha. La petite vérole avait laissé des traces ici et là sur son viages, il est vrai. Mais en revanche, elle était fort bien faite. "Puis ajoutaient certaines femmes d'expérience, que ne lui mettez-vous de la couleur au visage? Elle ne porte ni colliers, ni bracelets. Qu'elle orne sa tête et rejette parfois sa couverte."

---Le Renard, assura une ancienne, a bien parlé de Tekakwitha et je l'ai entendu. C'est un jeune guerrier très estimé déjà des Anciens. Il est d'âge à prendre femme.

---Le Renard! s'exlamèrent les tantes, ne se tenant pas de joie! Mais qu'il vienne! Nous lui donnerons Tekakwitha, car son fiancé d'enfance est mort depuis quelque temps déjâ. Nous sommes âgés maintenant à la cabane. Il faut établir vite notre nièce!

Enchantée du rôle qu'on lui offrait de jouer, l'ancienne assura qu'elle parlerait au Renard et que sans doute il ne tarderait pas à venir demander Tekakwitha en mariage.

Avec de petits airs mystérieux, on prépara de part et d'autre la grande entrevue des deux jeunes gens.

Le Renard songea à offrir de riches cadeaux à Tekakwitha, à l'oncle et aux tantes. Il prépara avec plaisir ce qu'il y avait de mieux pour charmer les yeux de sa fiancée. Plumes, fourrures, tatouage, armes... voilà ce qui donnait alors de l'élégance et de l'attrait à un promis indien!

Chapitre IV "La Fuite Dans La Nuit"

Il y avait, non loin de la bourgade où vivait Tekakwitha, une jolie source, qui sortait limpide et chantante de dessous un vieux tronc d'arbre enveloppé et velouté de mousse.

Cette source existe encore aujourd'hui "et, dit le Père Lecommpte, le savant biographe de la vierge iroquoise, la légende l'a baptisée du nom gracieux de "Tekakwitha's Spring".


Cette gravure représente Tekakwitha dans son attitude de prière au pied de la croix et la compare au lis des champs.2

Chaque matin --- et cela pendant environ neuf années --- la jeune fille vint y puiser. Elle s'arrêtait parfois, et s'appuyant sur l'un des arbres de l'immense forêt, elle joignait les mains et priait, regardant, pensive, le ciel. Car Tekakwitha apprenait seule Dieu, la vertu, toute la beauté de l'au-delà. Je dis seule, mais je me trompe. Personne ici-bas ne la catéchisait, mais Dieu parlat à l'âme candide de l'Iroquoise. Il permettait qu'elle n'oubliât rien des leçons maternelles... (Réd.) Il permettait encore qu'elle eût, sans aucun secours de la terre, de grandes lumières et un immense amour pour les choses sacrées. Si bien que l'enfant de la forêt, tout comme la mignonne Thérèse de Lisieux, "pensait", seule, silencieuse, celle-ci cachée sous les rideaux d'un blanc petit lit, l'autre enveloppée d'une couverte brodée de perles de bois ou de coquillage, près d'une source qui chante et sous les arbres d'une forêt quasi déserte.

Quelquefois elle rencontrait de jeunes Indiens qui s'occupaient guère de cette "squaw" toujours à demi voilée de sa couverte à cause de la faiblesse persistante de sa vue. Bien peu la saluaient amicalement. Le Renard et deux ou trois autres jeunes sauvages ayant des relations d'amitié ou de bon voisinage avec la famille de Tekakwitha avaient naturellment remarqué l'activité de l'Iroquoise, sa complaisance gracieuse et infatigable, qualités plutôt rares chez les femmes indiennes, lesquelles travaillaient lorsqu'elles y étaient forcées, mais préféraient de beaucoup aux besognes ménagères les causeries au dehors de la cabane, les bruyantes parties de plaisir avec chants, cris et danses.

Tekakwitha était envers tous très aimable et, dit-on, "volontiers rieuse". Mais, aussi bien avec les femmes qu'avec les hommes, sans arrière-pensée, elle demeurait sage et réservée.

La connaissant peu, on avait pu croire qu'elle accueillerait volontiers les avances d'un fiancé.

Le Renard était enchanté de rentrer dans l'une des familles les plus estimées de la tribu et d'avoir bientôt une compagne de vie laborieuse et d'humeur agréable. Il ne doutait pas d'être accueilli avec beaucoup d'empressement, car il était fort beau, brave et habile, redouté par l'ennemi.

Le grand jour arriva enfin.

Or donc, le matin à bonne heure, Tekakwitha, suivant son habitude, vint puiser de l'eau à la jolie fontaine. Elle pria longuement et elle pense tout à coup que jamais elle ne voudrait changer pour un autre genre d'existence sa vie de prière, d'humble dévouement aux siens, de travaux durs mais accomplis sans aucun murmure, filialement soumise au Grand-Esprit qui lui demandait cela...

Alors elle se sentit comme baignée dans une grande joie mystérieuse. Elle rentra dans la cabane, paisible et pourtant si rayonnante que l'une de ses tantes fut frappée et naturellement fort intriguée. Curieuse comme toutes les femmes indiennes, elle pressa sa nièce de questions. Mais Tekakwitha ne voulut pas livrer son cher secret. Elle répondit gentiment que le printemps était beau, que les oiseaux et la source chantaient tout ensemble et qu'elle aussi, elle chanterait volontiers le long du jour. Et ce disant, elle se mit à travailler en chantant à mi-voix les cantiques que sa mère lui avait appris. (Réd.)

Enchantée, la tante battit des mains et regarda avec bonne humeur l'oncle et l'autre tante, qui souriaient aussi avec des mines absolument satisfaites.

Le soir vint, apaisant l'animation de la bourgade, éteignant peu à peu les feux devant les cabanes, rendant de plus en plus sombre et silencieuse la forêt. Chez Tekakwitha, on terminait sans hâte, tout en causant, le repas du soir. Une bûche achevait de brûler au milieu de la cabane. Elle éclairait encore le groupe familial de joyeux et sautillants reflets.

Tout à coup, le Renard entra souriant et empressé. On lui fit place auprès du foyer. Et, comme par hasard, il se trouva à côté de la jeune fille, laquelle n'y fit point attention, tant elle avait l'esprit à autre chose.

La causerie fut pleine de cordialité et d'intérêt, du moins pour les principaux intéressés.

Distraitement, Tekakwitha répondait en souriant sans plus.

Puis, comme si de rien n'était, l'une des tantes pria sa nièce d'offrir quelques mets à leur distinué visiteur...

Alors, comme un éclair, une pensée traversa l'esprit de la jeune Iroquoise, l'effrayant, la bouleversant. Cet homme assis près d'elle, c'était un fiancé. L'offre du mets, c'était l'acceptation du mari. La formalité était simple, et courte la cérémonie, mais les choses se faisaient ainsi chez les Indiens. Tantôt elle serait l'épouse du Renard. Elle n'appartiendrait donc pas seulement au Grand-Esprit, au Dieu des Robes-Noires, ainsi qu'elle avait résolu ce matin de le faire... Elle crut voir près d'elle le sourire de la chère et héroique Fleur-de-la-Prairie. (Réd.)

Sans un mot, sachant qu'on la forcerait à obéir, elle s'élança au dehors de la cabane et s'enfuit dans la forêt, au hasard, éperdue de crainte et de chagrin, seule, pauvre petite chrétienne dans l'obscurité de la nuit et la solitude de la forêt, plus seule encore, dans cette tribu de païens durs et indomptables qui ne comprenaient que ces deux choses dans la vie: le plaisir et la guerre.

Chapitre V "Sous La Garde de L'Aigle".

Après avoir couru ainsi longtemps, Tekakwitha n'en pouvait plus. Elle vint s'abattre à bout de souffle aux pieds d'un gigantisques Indien. L'Aigle la releva et la regarda avec surprise. Il lui demanda pourquoi elle se sauva ainsi dans la nuit. Elle lui réponda de ne pas la trahir. Elle lui expliqua ce qui lui est arrivé. Puis après avoir écouté attentivement, l'Aigle lui dit de se cacher dans sa cabane, sous un tas de peaux. Lui aussi, il entra dans la cabane.

Peu de temps après, le Renard, furieux et humilié, suivi des tantes, de l'oncle et toute une bande de curieux, vint demander à l'Aigle s'il a vu sa fiancée. L'Aigle lui montra des feuilles battues et leur dit d'aller de ce côté et que les Esprits guident leurs pas!

Il écouta... Les bruits de voix et de pas se perdirent au loin. Alors, se dirigeant vers le tas de peaux, il aida Tekakwitha à demi évanouie à sortir de sa cachette.

---Repose-toi, dit-il.

Il feignit de ne point écouter ses remerciements, mais il lui donna un peu de nourriture.

Encouragée par les bons soins de l'Aigle, la jeune Iroquoise lui conta son humble histoire. La candeur de Tekakwitha stupéfiait l'Indien. Il demeurait indécis, déconcerté.

Longuement, il réfléchit, puis avec lenteur, il prononça:

---Ma fille restera ici et reposera sans craint. L'Aigle va surveiller devant la cabane... Quand le soleil se lèvera, il faudra que Tekakwitha se cache encore ici. Mais l'Aigle est toujours écouté. Il parlera au Renard et aux parents...

À continuer ...

(1) Juliette Lavergne La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha, Editions Fides, Montréal, 1952, pp. 39-55.
(2) Linogravure d'Henri Beaulac.

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Created 1 Feb 2003