![]()
Késsinnimek - Roots - Racines
Mon Petit Coin par Norm Léveillée
English version
La Bienheureuse Katéri Tekakwitha
Troisième Partie
d'après l'oeuvre de Juliette Lavergne
La Vie gracieuse de Catherine TekakwithaPour la parution mars 2005, je vais continuer l'histoire de ma cousine la Bienheureuse Katéri Tekakwitha en employant le beau texte de Juliette Lavergne La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha. Comme dans mes articles des mois précédents, je vais indiquer en lettres en grasse l'influence chrétienne de sa mère, Fleur-de-la-Prairie. Pour moi, l'influence chrétienne catholique de Fleur-de-la-Prairie a été très forte, comme vous, les lecteurs, allez vous rendre compte dans ces chapitres qui suivent. Sa mère lui a appris la charité, l'humilité, la modestie, l'acceptance de partager la croix du Christ dans les humiliations qu'elle a subis pendant sa vie. Et cette vie chrétienne va s'épanouir sous l'influence spirituelle du Grand Esprit et l'éducation apprise aux pieds des Robes Noires, plus tard dans sa vie.
Bienheureuse Katéri Tekakwitha
Fleur des Algonquins
Lis des Agniers/Mohawks
Prie pour nous
Chapitre VI "Diplomatie"
À l'aube, le soleil écartant un rideau de nuages, Tekakwitha s'éveille enveloppée de rayons. La lumière entrait à flots par la porte, large ouverte, de la cabane. Assis sur un vieux tronc d'arbre, l'Aigle fumait, le regard perdu au loin. Un timide bonjour de son hôtesse le fit sourire...Tekakwitha se laissa glisser aux genoux de l'Aigle.
Parle! Je t'en prie, parle, l'Aigle, implora-t-elle. Je veux retourner servir mon oncle et mes tantes, mais je ne veux pas être l'épouse du Renard ni d'un autre... je veux n'appartenir qu'au Grand-Esprit... Moi, j'ai vu que tu étais bon. Le Grand-Esprit aime ceux qui sont bons comme toi. J'ai confiance en toi, l'Aigle. Demande qu'on me garde comme avant. Nul ne refusera si c'est toi qui demandes!...Secrètement flatté, l'Indien trouva que sa protégée aussi était douée d'une belle intelligence, puisqu'elle l'appréciat à sa juste valeur, lui, le redoutable vainqueur en tant de combats sanglants.
L'Aigle ne promet jamais, s'il ne peut tenir sa parole, prononça-t-il d'un ton grave. J'irai parler au chef, ancien de la tribu. Je ne te rendrai que si l'on jure de ne point te maltraiter...Et je n'épouserai pas le Renard?Le Renard! murmura l'Aigle... je verra à ce qu'il ne trouble pas la fille du Grand-Esprit... L'Aigle n'oublie jamais. Le Renard est mon ennemi...Quelle merveille de diplomatie dut être ce discours prononcé par l'Aigle dans la cabane des vieux parents! Les Indiens étaient passés maîtres en l'art de la persuasion. Ils étaient fins et rusés, la plupart des chefs étaient doués d'une éloquence remarquable. On ne saurait assez admirer l'intelligence et la souplesse de celui qui parvient à dompter l'effroyable colère de la famille humiliée, déçue et complètement déroutée par la conduite, pour eux incompréhensible et mauvaise, de leur fille adoptive.
Quoi qu'il en soit, lorsque l'Aigle eut terminé son brillant plaidoyer, après s'être consultés, l'oncle et les tantes, étendant la main solennellement, promirent d'un commun accord de reprendre Tekakwitha et de la laisser libre...
...
On se quitta avec de grands témoignages d'amitié et d'estime de part et d'autre.
L'Aigle sentait se reveiller en lui de sommeillantes rancunes. Il était enchanté de voir le Renard, son ennemi, profondément humilié... en attendant mieux! Il était aussi heureux d'avoir gagné la cause de la jeune fille, qui lui plaisait beaucoup, quoique d'une façon fort peu habituelle aux Sauvages.
Le soir venu, fidèle à sa promesse, il vint chercher Tekakwitha... il la remit entre les mains des tantes bruyantes et empressées. Seule, l'oncle demeura figé en un mutisme boudeur.
Un long regard chargé de reconnaissance de la part de Tekakwitha parut impressioner beaucoup plus l'Aigle que les grands témoignages de gratitude des tantes. Il s'éloigna ayant aux lèvres un énigmatique sourire.
Chapitre VII "Algonquine"
Dès le lever du jour, Tekakwitha repret avec sa grâce et son calme habituels le travail quotidien. L'oncle demeurait froid et boudeur mais les tantes semblaient avoir oublié le pénible incident de la veille. Le Renard n'était pas dans la bourgade. Personne ne le rencontra plus, dans les environs. Tout était donc pour le mieux.Et la vie continuait son cours paisible, une saison passe ainsi sans histoire. Mais, peu à peu, on revit le Renard. Des voisins, des parents réveillèrent des souvenirs endormis. On finit par trouver que l'on avait été faible à l'égard de cette jeune égarée de Tekakwitha. Au fait, était-elle insensée? Aimait-elle en secret ailleurs, sans en demander la permission? Il faudrait voir cela, par exemple, que cette orpheline recueillie par pure bonté fût aussi effrontée et hyprocrite! Ne voulait-elle que jouer la petite entêtée? On ne laisserait pas aller ainsi les choses avec cette orgueilleuse!
Et l'on se monta les uns les autres. Le vieux chef, souvent absent, se borna à donner ses ordres avec plus de dureté. Il ne daigna adresser la parole à la jeune fille que pour la blâmer ou la menacer. Celle-ci ne cessa pas, néanmoins, de lui témoigner une filiale soumission. Mais la merveille de méchanceté fut réalisée par les tantes et leurs amies. On chargea Tekakwitha des travaux les plus durs, les plus longs, les plus pénibles. Les jeunes filles de la bourgade se moquèrent d'elle à chaque rencontre. Les enfants même s'amusèrent à lui crier des injures et à lui lancer des pierres.
L'une des tantes lui causa un chagrin profond en lui reprochant le "sans mêlé" qui coulait dans ses veines.
--Fille de rien, dit-elle, tu n'es pas une varie Iroquoise. Tu as du sang de captive et de vaincue en toi. Tu n'es qu'une Algonquine, etnous avions humilié les tiens le jour où ta mère fut amenée ici par notre frère, le grand chef Cert-Agile!Toute la fierté de l'Indienne et l'amour de l'enfant pour sa mère se révoltaient dans le coeur meurtri de Tekakwitha. Elle aurait voulu fermer ces lèvres cruelles qui l'injuriaient avec tant de haine et d'injustice.
Mais un rayon d'En-Haut, sans doute, mystérieux et doux, éclaira et réconforta la pauvre petite. Elle ne répondit rien. Elle pardonna. Elle continua à être serviable, laborieuse et aimante.
Décidément, on la crut faible d'esprit.
...
Mais le surnom resta à l'enfant de Fleur-de-la-Prairie, comme sa chère et sainte maman, elle ne fut plus pour tous que l'Algonquine!
Chapitre VIII "De Graves Événements"
En 1663, de graves événements inaugèrent une ère nouvelle au Canada. Ces événements eurent des répercussions profonds jusqu'au pays des Agniers. L'expédition de M. de Tracy délivra la colonie du péril iroquois....
Quatre ans après les graves événements et l'expédition de M. de Tracy, Tekakwitha a vu pour la première fois en 1667 les missionnaires. Elle n'avait que onze ans quand les Robes-Noires sont entrés dans sa bourgade.
Les soldats français ravagèrent la forêt, brûlèrent les cabanes abandonnées, détruisirent les récoltes. Bref, les Iroquois comprirent que, cette fois, il fallait se soumettre au vainqueur avec sincérité et bonne volonté. Leurs parlementaires, ayant ramené avec eux les trois missionnaires mentionnés tantôt, furent accueillis avec de grands témoignages de joie. Tous entourèrent avec respect les missionnaires, leur demandant de les instruire et de demeurer désormais avec eux. Tekakwitha avait suivi avec anxiété les diverses phases de ces graves événements. Elle avait connu les angoisses de la fuite, la tristesse du retour dans un pays dévasté. Mais elle oubliait tout en écoutant la voix bénie des missionnaires qui, enfin, venaient lui parle de Dieu, de la Vierge, du ciel où reposait Fleur-de-la-Prairie.
Fait providentiel, les trois jours que passèrent les missionnaires à Gandaouagué, ils habitèrent la cabane même où demeurait Tekakwitha. Comme elle était la plus vaste et la plus spacieuse, on avait cru bon de demander à l'ancien Grand Chef de la bourgade d'offir l'hospitalité aux distingués visiteurs. L'oncle était fort hostile à tout changement de croyances pour sa nation. Mais il redoutait une autre guerre avec les "blancs". Il fallait absolument garder la paix avec les nouveaux arrivés en terre américaine; ils étaient devenus trop redoutables. Il consentit donc d'assez bonne grâce à "partager le feu du foyer" avec les Robes-Noires. Tekakwitha put donc écouter longuement les missionnaires. Elle les servit avec un respect, un zèle qui les surprirent et les touchèrent.
Aussi lorsqu'un prêtre vint s'établir définitivement dans la bourgade, le Père Jean Pierron, la jeune fille se proposa de suivre assidûment les exercices à la chapelle et, en secret, elle se prépara à demander le baptême, sans se douter des nouvelles épreuves terribles qui allaient fondre sur elle.
Chapitre IX "Près de la Chapelle..."
Le Père Pierron demeura trois ans à Kahnawaké, prêchant, consolant, baptisant. Il sut gagner le respect et l'affection de ses convertis. Quant aux autres habitants de la bourgade et des environs, ils venaient volontiers écouter la Robe-Noire. Intelligents et fort curieux, dès qu'ils n'étaient pas hostiles, les Iroquois ne demandaient pas mieux que de pouvoir entendre de beaux discours prononcés par un hôte de marque, et c'est ainsi qu'ils considéraient le missionnaire.Tout d'abord, Tekakwitha passait et repassait comme une ombre légère autour de la petite chapelle. Craintive et timide, elle n'osait entrer. Elle écoutait les choses merveilleuses que disait le Père. Puis elle retournait paisible et recueillie à sa cabane, conservant tous ces souvenirs en son coeur comme le faisait la Vierge Marie au temps où Jésus vivait sur la terre. Peu à peu, elle s'enhardit et, se glissant avec les autres, elle prit l'habitude de suivre tous les exercises.
Un soir, en revenant de la chapelle, elle rencontra, non loin de là, l'Aigle dont elle remarqua l'air pensif.
Un discours entre Tekakwitha et l'Aigle s'ensuivit. Tekakwitha lui demanda si lui, un grand chef, avait écouté les paroles du missionnaire. L'Aigle lui répondit qu'un chef n'ait pas le temps de receuillir ces paroles. Tekakwitha, étonnée mais timide, lui posa la question:
--Comment, un homme intelligent comme l'Aigle ... ne comprend pas les choses si belles que dit le Père sur le Grand-Esprit?
...--Tekakwitha, ma soeur, il y a déjà deux fois que tu te trouves plus intelligente que moi. Car tu comprends toujours, toi, ce que l'Aigle ne comprend pas!
...--j'aime tant le Grand-Esprit et tout ce qui parle de Lui et je voudrais que tous l'entendent, surtout mon frère l'Aigle, si bon que le Grand-Esprit doit bien l'aimer, Lui qui aime tant ceux qui sont bons...L'Aigle secoua la tête en silence et s'éloigna, de nouveau impassible. Sa haute silouette se perdit dans l'ombre de la forêt profonde.
Tekakwitha songea avec émotion que seul, peut-être parmi les siens, l'Aigle la comprenait et l'aimait. Elle joignit les mains et s'agenouilla quelques instants avant de rentrer. Elle priait avec ferveur...
Dieu devrait se charger Lui-même de parler au coeur du grand chef, car Tekakwitha eut beau prier, elle ne revit plus l'Aigle près de la chapelle.
À suivre ...
(1) Juliette Lavergne La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha, Editions Fides, Montréal, 1952, pp. 39-55.
(2) J'ai demandé la permission d'utiliser l'oeuvre, dans un courriel le 22 janvier 2005 à Fides. La réponse du 31 janvier 2005 indique qu'on doit rechercher le contrat.Article suivant
Index of Articles
Késsinnimek - Roots - Racines
Copyright © 2003 & 2004 & 2005 Norm Léveillée
Tous droits réservés
Created 1 Feb 2003