Késsinnimek - Roots - Racines

Mon Petit Coin   par   Norm Léveillée


English version

La Bienheureuse Katéri Tekakwitha
Quatrième Partie
d'après l'oeuvre de Juliette Lavergne
La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha

Pour la parution avril 2005, je vais continuer l'histoire de ma cousine la Bienheureuse Katéri Tekakwitha en employant le beau texte de Juliette Lavergne La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha. Comme dans mes articles des mois précédents, je vais indiquer en lettres en grasse l'influence chrétienne de sa mère, Fleur-de-la-Prairie.

Le mot algonquian "Pittaraski8ssi" , qui veut dire "Fleur de la terre" est peut-être le nom en algonquin de cette femme Algonquienne. Dans la langue Ojibway, Fleur-de-la-Praire sera "Wahwahsekona".

Pour moi, en lisant et en recherchant sans cesse au sujet de la Bienheureuse Katéri Tekakwitha, je deviens de plus en plus convaincu de la grande influence de sa mère chrétienne catholique. Sans l'influence de Pittaraski8ssi ou Fleur-de-la-Prairie pendant l'enfance de Tekakwitha, il n'y aura point de "Bienheureuse Katéri Tekakwitha".

Bienheureuse Katéri Tekakwitha
Fleur des Algonquins
Lis des Agniers/Mohawks
Prie pour nous

Chapitre X "Après Trois Ans de Séjour"

Après trois ans de séjour à la mission Saint-Pierre de Kahnawaké, le Père Jean Pierron fut appelé à une autre mission ... celle de La Prairie sise sur les bords du Saint-Laurent et sous le vocable de Saint-François-Xavier.

Le Père François-Boniface lui succéda avec le même zèle et le même succès.

De nombreux convertis, sentant le besoin de vivre plus librement en chrétiens loin d'un voisinage de païens dangereux pour leur neuve ferveur, supplièrent le missionnaire de leur faciliter l'établissement auprès des ardents chrétiens de la Prairie. Le Père acquiesça volontiers à leur désir et les conduisit lui-même à Saint-François-Xavier, où l'on accueillit fraternellement ces exilés volontaires.

Leur départ excita la colère de l'oncle de Tekakwitha.

Fanatiquement attaché aux moeurs et aux coutumes de sa nation, l'Ancien était déjà fort contrarié des nombreuses conversions opérés autour de lui. Mais, cette fois, c'en était trop! On amoindrissait la réserve des guerriers et de pourvoyeurs de la bourgade en permettant cet exode de jeunes gens, d'hommes forts et courageux, pour un établissement lointain, chef des frères devenus indifférents au sort de leurs parents et amis de Kahnawaké.

Tekakwitha ressentit le contre-coup de la fureur du vieillard, sentiment du reste aussitôt partagé par les irascibles tantes!

On recommença à trouver quantité de prétextes pour gourmander la pauvre enfant. On la surchargea de besognes pénibles. On critiquait les moindres gestes de cette "Iroquoise manquée, de cette Algonquine bonne seulement pour marmotter d'inutiles paroles à son Grand-Esprit".

À tout cela, elle ne cessait de répondre par les plus gracieuses paroles et la plus aimable conduite.

Un événement imprévu devait cependant l'acheminer désormais de façon certaine vers la réalisation de son grand désir: être baptisée!

Elle s'infligea, un jour, en travaillant au dehors, une douloureuse blessure à un pied. Comme le Père missionnaire (Réd: Jacques de Lamberville, s.j., 1675) visitait toujours les malades, il vint voir Tekakwitha, forcée de demeurer en repos dans la cabane. En le voyant entrer, la jeune fille pleura de joie. Sans paraître songer à la présence auprès d'elle de deux ou trois voisines charitables venues pour la soigner et la distraire, elle ouvrit toute son âme au missionnaire. Et ce fut une page de "Légende dorée" qu'il crut entendre raconter par l'angélique enfant. Il connut la vie tout entière de Tekakwitha, sa vertu héroique, son espoir, ses souffrances, ses craintes. Il comprit que cette fille des bois était une privilégiée du ciel et peut-être déjà une âme de grande sainteté.

Le missionnaire l'encouragea à prier et l'assura qu'elle serait bientôt baptisée. Mais il songeait à la colère probable du terrible oncle.

--Ne craignez-vous pas un peu les vôtres? demanda-t-il. Aurez-vous la force de persévérer si vous devenez chrétienne malgré eux!...

--Je sais tout cela, mon Père, répondit fermement Tekakwitha. Mais soyez sans crainte ma résolution est prise, rien ne sera capable de me faire reculer, dussé-je aller ailleurs chercher la grâce que je sollicite.

Ces mots frappèrent le missionnaire. Peut-être, en effet, la chose serait-elle possible - Dieu aidant - et nécessaire ...

--Enfin, conclut le Père, prions bien, continuez à vous instruire et, si Dieu le veut, votre famille ne mettra aucun obstacle à votre baptême. Sinon ... le ciel vous aidera à aller ailleurs chercher la grâce que vous demandez si bien!

Toute réconfortée par ces bonnes paroles, Tekakwitha se remit à l'oeuvre courageusement, avec un candide espoir.

Dien ne trompa point son attente. Il permit un subit revirement d'opinion et d'humeur chez ses capricieux parents, grâce à l'arrivée à la mission d'un haut personnage KRYN, surnommé le Grand Agnier, converti sincère et zélé qui, venant saluer ses amis de Kahnawaké, se proposait de faire de l'apostolat ici comme il en faisait parout, tant il était heureux d'être chrétien. Il jouissait d'un extraordinaire réputation de bravoure et d'intelligence ... Il s'entretint longuement et très cordialement avec l'oncle de Tekakwitha et avec l'Aigle, l'un de ses meilleurs amis de jadis. Quelqu'un lui ayant parlé de la jeune nièce de son hôte ... et de la situation pénible de celle-ci, ... il sollicita l'honneur d'être parrain de la future baptisée. On n'osa point contrairier un tel personnage, et ce fut ainsi que, d'une façon très imprévue, Tekakwitha put librement entrer dans l'Église catholique!

Chapitre XI "Joies Pascales"

L'aube enveloppait de lueurs pastellisées la forêt verdoyante. Ce matin de Pâques était tiède et doucement lumineux. Au lever du soleil, la petite chapelle se remplit de fidèles. Beaucoup furent obligés de rester dehors, tant l'affluence était grande de convertis et de simples curieux. L'entrée demeura ouverte, et tous purent admirer la riche et pittoresque décoration de la chapelle. Le missionaire (Réd: Jacques de Lambert,s.j.) avait tenu à donner beaucoup d'éclat à cette double fête. Des sapins minuscules et des lumières ornaient l'autel. Les fidèles avaient tendu les murs des plus riches pelleteries qu'ils possédaient: pelleteries de castors, d'ours, de chats sauvages, de renards argentés. Les femmes, très attachées à "leurs bijouteries", avaient néamoins prêté avec bonne grâce leurs colliers, leurs bracelets, leurs plumes et autres ornements de chevelure.

Tekakwitha s'était laissée revêtir, avec sa docilité habituelle, d'une belle toilette au goût des jeunes filles de la mission. Elle était charmante à la manière indienne. Mais son âme était ailleurs, si loin, si haut, qu'elle ignorait presque la beauté de ses atours: couverte de riche tissu et de teintes, robe perlée de bois et de porcelaine multicolores, mitasses(sorte de guêtres) brodées, "enrichies de dessins en poils de porc-épic, de couleurs éclatantes".

On la contemplait avec admiration et respect. Quelque chose de divin émanait de sa frêle personne. Elle rayonnait de joie, et son bonheur se communiquait mystérieusement à l'assistance. Ce fut une heure inoubliable. Tekakwitha reçut le nom de Kateri, ce qui veut dire, en notre langue, Catherine. Elle avait vingt ans, et c'était le 18 avril de l'année 1676. (Réd: Dimanche de Pâques)

Chapitre XII "Le Départ"

Dès lors, la vie de la nouvelle chrétienne ne fut plus qu'une merveille de sainteté. La plupart l'admiraient sans réserve. Malheureusement, quelque chose vint encore troubler la paix familiale... Le Renard venait de rentrer d'une longue expédition, expédition diplomatique sans doute, car l'amoureux éconduit reprit avec espoir ses relations de bon voisinage avec la famille de son ex-fiancée, à la grande frayeur de celle-ci.

L'oncle et ses soeurs se remirent à cause mariage devant elle. On se plaignit amèrement d'avoir affaire à des enfants entêtés, égoïstes... Comme la jeune fille ne répondait jamais, on se fâcha. La mauvaise humeur de l'entourage assombrit encore le ciel de la pauvre Kateri! On lui fit la vie tellement pénible dans la cabane que sa frêle constitution en fut très ébranlée. "Quand elle sera assez découragée de sa vie de fille inutile et maltraitée, elle cédera bien", se disaient les vieux parents avec une croyable ténacité.

Un dernier fait providentiel vint délivrer à jamais Tekakwitha de sa vie de perpétuelle persécutée.

Un autre de ces convertis qui se faisaient si volontiers apôtres auprès de leurs frères demeurés païens, Louis, surnommé Cendre-Chaude à cause de son humeur vive et de son zèle ardent au service de Dieu, Louis, venu de la Prairie, lui aussi, pour prêcher de paroles et d'exemples, fut l'instrument dont Dieu se servit pour délivrer Kateri et l'amener là où elle vivrait enfin en paix!

Un parent de Tekakwitha, Pied-Léger, et un autre voyageur chrétien appelé le Huron, accompagnaient Cendre-Chaude.

Le missionnaire ayant été témoin d'un acte de méchanceté dépassant toute mesure de la part des tantes de Kateri, résolut de favoriser sa fuite avec la complicité de Cendre-Chaude. Afin de ne point éveille de soupçons chez les parents de la jeune Iroquoise, il parla en secret et longuement à l'Aigle, qui venait parfois le voir depuis le séjour de Kryn à Kahnawaké. En entendant nommer le Renard, un éclair de haine traversa le regard de l'Aigle. --Mon frère Cendre-Chaude fera partir Tekakwitha, dit-il fermement. J'ai parlé! Le missionnaire comprit que la chose s'accomplirait sans retard!

Peu de temps après, un soir, tandis que de gros nuages assombrissaient davantage les rives de la chantante Mohawk, un canot doucement détaché glissa sans bruit sous un fouillis de branches. Un Indien, courbant sa haute taille, avironnait avec d'infinies précautions. Arrivée en un certain endroit absolument désert et plongé dans une obscurité profonde, il imita le cri plaintif d'un oiseau de nuit. À ce signal convenu d'avance, trois personnes s'approchèrent silencieusement et prirent place dans le canot. C'étaient le Huron, Pied-Léger et Tekakwitha qui fuyaient vers la Prairie.

--Cendre-Chaude reste là-bas, expliqua à voix basse l'Aigle - car c'était lui qui arrivait en canot. - Il fera croire au départ de ses compagnons pour d'autres missions sans doute. On cherchera Kateri, car elle a déjà fui. Mais je les ferai chercher bien loin!...

L'Aigle sourirait.

Cependant, en entendant l'adieu vibrant de reconnaissance et de joie de la jeune fille, il éprouva pour la première fois de sa vie un étrange serrement de coeur. Il se raidit et d'une voix ferme et brève il commanda:

--Allez vite! Je veillerai ici.

Et s'adossant à un arbre, il resta ainsi les bras croisés, tant qu'il peut entendre le moindre bruit d'aviron effleurant l'eau calme. Il songeait à son rôle étrange de veilleur dans la nuit, tandis que, par ses soins, s'en allait au loin, pour toujours, le seul être au monde qu'il eût jamais aimé.

Trois ou quatre jours plus tard 2, le lis des Mohawks était transplanté sur la rive laurentienne où il allait s'épanouir librement et prodiguer à notre Canada le parfum et la grâce de son angélique vertu.

Réd: Fin de la Première Partie

À suivre ...


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(1) Juliette Lavergne La Vie gracieuse de Catherine Tekakwitha, Editions Fides, Montréal, 1952, pp. 39-55.
La permission a été demandée de Fides dans un courriel.
(2) Cela a sans doute pris plus que trois ou quatre jours en canot et à pied pour traverser les 200 miles de Fonda NY (d'aujourd'hui) à la rive sud du Saint-Laurent au Québec.
J'ai demandé la permission d'utiliser l'oeuvre, dans un courriel le 22 janvier 2005. La réponse du 31 janvier 2005 indique qu'on doit rechercher le contrat.


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